Appel solennel à Monsieur Mouloud Hamrouche

9 septembre 2026
5 min de lecture|809 mots

Monsieur Mouloud Hamrouche,

L’été 2026 a consumé nos forêts et achevé de brûler ce qui subsistait de notre confiance. Des vies ont été perdues, sans que leur nombre exact soit porté à la connaissance du peuple, comme si nos morts eux-mêmes n’avaient plus droit à la vérité ni à la dignité. Face au malheur, le silence est devenu une politique d’État.

Lors des dernières élections législatives, moins de 24 % des Algériens se sont rendus aux urnes. Ils furent moins nombreux encore à participer à l’élection présidentielle de septembre 2024. Ce phénomène ne saurait être réduit à une simple abstention. Il traduit la rupture profonde entre un peuple et des gouvernants qui ont cessé de l’entendre. Il exprime le désaveu d’une nation qui ne reconnaît plus ceux qui, en s’imposant à elle, ont confisqué sa souveraineté.

Pendant ce temps, les recettes de l’État algérien atteignent, depuis plusieurs années, des niveaux considérables. Pourtant, nos forêts brûlent sans que soient mobilisés les moyens nécessaires pour les sauver. Nos jeunes, privés d’avenir et d’espérance, préfèrent remplir les embarcations de la mort plutôt que les bureaux de vote. Et, derrière les discours officiels, c’est tout un peuple qui se consume en silence.

Ce que traverse l’Algérie n’est plus une crise passagère. C’est l’épuisement méthodique d’un pays, année après année, sans vérité, sans responsabilité et sans reddition de comptes.

Monsieur Mouloud Hamrouche,

Vous êtes un moudjahid, fils de chahid, issu d’une famille révolutionnaire qui a consenti de lourds sacrifices pour la libération de l’Algérie.

Vous êtes aujourd’hui le doyen des hommes politiques algériens et, peut-être, l’un des derniers à porter intacte cette fibre nationale que tant d’autres ont abandonnée, monnayée ou trahie en chemin.

En 1989, vous avez ouvert les portes que d’autres avaient longtemps tenues fermées : celles de l’autonomie des entreprises, de l’investissement, de la réforme de l’État et d’une presse libre. En 1995, puis en 1999, vous avez refusé de prêter votre nom et votre caution à des élections dont vous saviez qu’elles ne garantissaient ni la sincérité ni la souveraineté du choix populaire.

Par ce refus, vous avez préservé ce que notre vie publique semble ne plus oser nommer : l’honneur.

Vous incarnez aujourd’hui ce que notre pays a produit de plus rare : une autorité morale que ni les urnes administrées, ni les décrets, ni les appareils ne peuvent fabriquer. Une autorité qui ne s’achète pas, parce qu’elle est le fruit d’une vie, d’une fidélité et d’une constance.

Dans cette conjoncture crépusculaire, aux allures de fin de règne, nous venons solliciter votre parole et votre nom, une dernière fois, au service de la seule cause qui mérite encore que l’on s’y consacre tout entier : rendre la parole au peuple algérien avant qu’il ne soit trop tard, avant que le pays n’ait plus personne à qui la confier.

Nous vous appelons à prendre l’initiative, aux côtés d’autres personnalités que les Algériens reconnaissent encore comme les leurs, d’un appel national en faveur du retour du politique.

Car le retour du politique constitue désormais la seule voie capable de sauver ce qui peut encore l’être.

Si une instance devait naître de cet appel, elle ne devrait recevoir qu’un mandat, clair, limité et sans ambiguïté : recréer les conditions de l’action politique dans un pays où les libertés publiques ont été confisquées, où les institutions ont été vidées de leur substance et où le citoyen a été dépossédé de son droit de choisir.

Il ne s’agit ni d’un appel au désordre ni d’un appel à la rupture. Il s’agit d’un appel au sursaut national, adressé à un homme qui a déjà beaucoup donné à son pays, afin qu’il lui offre une dernière fois ce que lui seul, aujourd’hui, peut encore lui apporter : la certitude qu’il demeure, en Algérie, une voix fidèle à ses convictions, une voix qui n’a jamais trompé son peuple.

L’Histoire ne retiendra pas seulement ce que nous aurons dit. Elle retiendra ce que nous aurons accompli. Elle retiendra aussi nos silences, nos renoncements et les occasions que nous aurons laissé disparaître.

Elle retiendra surtout ce que vous, Monsieur Mouloud Hamrouche, aurez accepté d’incarner et de porter une dernière fois, à l’heure où l’Algérie cherche encore une voie vers son salut.

L’Algérie d’abord.

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