L’Algérie et l’impéritie des gérontes : une stagnation insoutenable

6 octobre 2026
7 min de lecture|1 217 mots

La récente flambée des prix de produits de forte consommation ne peut que confirmer que l’Algérie est un pays figé dans un immobilisme chronique, incapable de se hisser au niveau des transformations politiques, économiques et technologiques qui redessinent la carte du monde. Cette stagnation insoutenable trouve sa racine dans l’impéritie des vieillards qui dirigent le pays, une caste de gérontes qui, non seulement refusent de céder la place aux nouvelles générations, mais qui demeurent prisonniers d’un logiciel intellectuel périmé, hérité d’une époque révolue. Leur vision du pouvoir, leur compréhension du monde et leur mode de gouvernance appartiennent à un temps où les blocs idéologiques structuraient encore les relations internationales. Or, cette époque a disparu avec la chute du mur de Berlin, un événement qui, loin d’avoir provoqué une remise en question chez ces dirigeants, n’a fait que les enfermer davantage dans leurs archaïsmes.

Un logiciel obsolète, un monde en mutation

Dans un monde marqué par la montée en puissance des nouvelles technologies, la transformation des rapports de force géopolitiques et l’émergence de nouvelles formes d’organisation sociale et économique, l’Algérie reste engluée dans une structure de pouvoir aussi sclérosée qu’inefficace. Le régime en place continue de raisonner en termes de contrôle absolu, de centralisation extrême et de répression systématique de toute voix dissidente, comme si les méthodes autoritaires des années 1970 pouvaient encore produire les mêmes effets dans une société hyperconnectée et mondialisée.

Cette incapacité à évoluer ne relève pas seulement d’une simple inertie bureaucratique. Elle est le symptôme d’une caste au pouvoir qui ne comprend plus les dynamiques du présent et qui, par peur de l’inconnu, s’accroche désespérément à des schémas dépassés. Ainsi, alors que des pays comparables en termes de ressources et de potentiel économique ont amorcé leur transition vers des modèles de développement plus flexibles et innovants, l’Algérie demeure figée dans un état de précarité structurelle. L’économie nationale repose encore principalement sur la rente pétrolière et gazière, un modèle que même les États du Golfe ont su réformer en diversifiant leurs économies et en investissant massivement dans les nouvelles technologies et les infrastructures modernes.

Le déni du présent et l’incapacité à penser l’avenir

Le problème fondamental du régime algérien réside dans son refus de reconnaître la transformation profonde du monde. Les élites au pouvoir continuent d’opérer selon une logique de confrontation héritée de la guerre froide, où la gestion de l’État repose davantage sur la préservation de l’ordre établi que sur l’anticipation des défis à venir. Dans cette optique, les réformes sont perçues comme des menaces et non comme des nécessités. Le dialogue avec la jeunesse, pourtant de plus en plus revendicatrice et informée, est inexistant, tandis que toute tentative de changement est systématiquement neutralisée par la répression ou par des manœuvres dilatoires.

Cet aveuglement institutionnel est aggravé par une méfiance pathologique à l’égard de toute forme d’innovation. L’Algérie pourrait être un pôle régional en matière de nouvelles technologies, d’intelligence artificielle, d’énergies renouvelables, mais le pouvoir en place ne possède ni la volonté ni la capacité de penser ces mutations. Loin d’investir dans la formation et l’essor d’une économie du savoir, le régime continue d’entretenir des structures archaïques et clientélistes, où la promotion sociale passe par la loyauté au système et non par la compétence ou la créativité.

Une caste de gérontes prisonnière de sa propre peur

Le plus frappant dans cette situation est que même les détenteurs du pouvoir ne semblent pas conscients de leur propre obsolescence. Leur vision du monde est figée dans un temps où le monopole étatique était synonyme de stabilité, où les alliances internationales se négociaient selon des logiques purement idéologiques et où l’autorité du chef de l’État ne pouvait être contestée sans conséquences immédiates. Mais dans un monde où les rapports de force évoluent rapidement, où la contestation se structure via les réseaux sociaux et où l’accès à l’information est devenu instantané, ces mécanismes de domination sont de moins en moins efficaces.

Cette stagnation est donc avant tout le produit d’une peur viscérale du changement. En refusant d’adapter leur logiciel politique, ces gérontes condamnent l’Algérie à une marginalisation croissante sur la scène internationale. Les grandes puissances ne voient plus en elle qu’un fournisseur d’hydrocarbures à la stabilité fragile, incapable de se réinventer et de jouer un rôle stratégique au-delà de son sous-sol.

Les conséquences d’un immobilisme mortifère

L’un des effets les plus désastreux de cette situation est la fuite massive des cerveaux et des compétences. Face à l’absence de perspectives, les jeunes Algériens, y compris ceux qui disposent d’un haut niveau de formation, n’ont d’autre choix que l’exil. Cette saignée démographique et intellectuelle affaiblit encore davantage le pays, le privant des ressources humaines nécessaires à toute transformation en profondeur.

D’un point de vue économique, la dépendance aux hydrocarbures et l’absence de diversification rendent l’Algérie extrêmement vulnérable aux fluctuations du marché énergétique. La crise de 2014, qui a vu les prix du pétrole s’effondrer, aurait dû servir de signal d’alarme. Mais plutôt que d’engager des réformes structurelles, le régime a préféré puiser dans ses réserves de devises et maintenir artificiellement un équilibre budgétaire précaire. Cette stratégie court-termiste, typique des régimes qui gouvernent sans vision d’avenir, ne fait que retarder l’inévitable : un effondrement économique si aucune réforme profonde n’est mise en œuvre.

Vers une révolution inévitable ?

L’Algérie ne peut pas continuer indéfiniment sur cette trajectoire. Le régime actuel, par son refus de se renouveler et d’embrasser les mutations du monde, prépare les conditions d’une rupture brutale. L’histoire a montré que les systèmes politiques figés finissent toujours par être balayés, souvent de manière soudaine et imprévisible. La question n’est donc pas de savoir si le changement arrivera, mais quand et sous quelle forme.

Si les élites au pouvoir ne prennent pas la mesure des transformations en cours, elles seront tôt ou tard confrontées à une contestation qui ne pourra être étouffée par les seules méthodes répressives. L’Algérie d’aujourd’hui est un pays à bout de souffle, où la frustration et l’impatience d’une jeunesse privée d’avenir se transforment en une force latente qui, lorsqu’elle explosera, emportera avec elle les derniers vestiges d’un système condamné par sa propre fossilisation.

Khaled Boulaziz

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