L’Algérie, un pays à l’arrêt

14 juillet 2026
19 min de lecture|3 688 mots

Malgré une croissance soutenue par la dépense publique et les hydrocarbures, l’Algérie demeure confrontée à une crise de représentation politique, à la fermeture de l’espace public et à la difficulté de transformer ses ressources en développement durable. Derrière l’apparente stabilité institutionnelle, la prééminence des appareils militaro-sécuritaires continue de peser sur l’ensemble de la vie nationale.

Algérie à l’arrêt : la croissance sans le mouvement

À Alger, les grands chantiers, les annonces d’investissements et les discours sur la diversification économique donnent l’image d’un pays en mouvement. Les autorités mettent en avant la reprise de la croissance, les réserves énergétiques, les programmes de logements, l’augmentation des salaires et les nouvelles ambitions industrielles. L’Algérie cherche également à valoriser son rôle de fournisseur de gaz, sa profondeur africaine et son influence diplomatique.

Cette activité visible dissimule pourtant une immobilité plus profonde. Le pays produit, dépense et construit, mais ses institutions politiques évoluent peu. L’économie reste largement tributaire de l’État et de la rente énergétique. Les libertés publiques se sont réduites depuis l’essoufflement du Hirak. La jeunesse, massivement formée, demeure confrontée au chômage, à la précarité et au désir d’émigration.

L’Algérie ne peut donc pas être décrite comme un pays entièrement paralysé. Ses administrations fonctionnent, ses entreprises produisent et son économie enregistre une croissance réelle. Mais elle paraît à l’arrêt au regard de ses possibilités, de ses ressources et des attentes exprimées par sa population depuis février 2019.

La question centrale n’est pas celle de la capacité des Algériens à moderniser leur pays. Elle porte sur la nature du pouvoir qui encadre cette modernisation et sur les limites qu’il impose à toute activité politique, économique, sociale ou culturelle susceptible d’échapper à son contrôle.

Une croissance qui ne dissipe pas les fragilités

Les chiffres économiques ne correspondent pas à l’image d’un effondrement. Selon la Banque mondiale, le produit intérieur brut algérien a progressé de 4,1 % en 2023. L’institution a évalué la croissance à 3,8 % en 2024, tandis que le Fonds monétaire international l’a estimée à 3,6 %. L’activité hors hydrocarbures est restée dynamique, portée notamment par la consommation et l’investissement publics.

Ces données constituent un acquis pour le gouvernement d’Abdelmadjid Tebboune, qui présente la reprise comme le résultat d’une politique volontariste de soutien aux ménages et aux investissements. Elles ne permettent cependant pas de conclure à une transformation structurelle du modèle algérien.

Le FMI souligne que les perspectives à court terme demeurent relativement favorables, mais qu’elles sont assombries par l’élargissement du déficit budgétaire, la diminution des marges financières et l’exposition du pays à une baisse des prix des hydrocarbures. L’impulsion donnée par la dépense publique a soutenu la croissance, mais elle a également accru les vulnérabilités budgétaires.

Cette contradiction est ancienne. Lorsque les prix du pétrole et du gaz augmentent, les finances publiques disposent d’une marge permettant d’accroître les dépenses, de financer les importations, de lancer de grands projets et de préserver le système de subventions. Lorsque les cours diminuent, l’État resserre les importations, reporte certains investissements et voit se réduire sa capacité de redistribution.

La diversification annoncée depuis plusieurs décennies progresse dans certains secteurs, mais elle n’a pas encore libéré le pays de sa dépendance aux recettes énergétiques. Une partie de la croissance hors hydrocarbures reste elle-même alimentée par la commande publique, donc indirectement par la rente.

L’économie privée évolue, pour sa part, dans un environnement marqué par la lourdeur administrative, l’instabilité réglementaire et la difficulté d’anticiper les décisions publiques. Les autorités ont réformé le code de l’investissement et supprimé certaines restrictions, mais les entrepreneurs continuent de décrire un système dans lequel l’accès au foncier, aux financements, aux importations ou aux marchés publics dépend souvent de procédures longues et peu transparentes.

L’État ne se contente pas de réglementer l’économie. Il demeure son principal investisseur, son principal employeur et, dans de nombreux secteurs, son principal donneur d’ordre. Cette centralité lui permet de soutenir l’activité, mais aussi de maintenir les acteurs économiques dans une relation de dépendance.

La rente n’est donc pas uniquement une donnée macroéconomique. Elle constitue l’un des fondements de l’ordre politique.

Le chômage, mesure d’une occasion manquée

La situation de l’emploi illustre les limites de cette croissance. En 2024, le chômage atteignait 12,7 % de la population active, selon la Banque mondiale. Il concernait 25,4 % des femmes actives et 29,3 % des jeunes âgés de 15 à 24 ans.

Ces chiffres ne résument pas l’ensemble des difficultés. Ils ne rendent compte ni du sous-emploi, ni du travail informel, ni du découragement des personnes ayant cessé de chercher un poste. Ils montrent néanmoins que le système économique ne crée pas suffisamment d’emplois durables pour intégrer une population jeune et de plus en plus diplômée.

Le paradoxe est visible dans les universités. L’Algérie forme chaque année des médecins, des ingénieurs, des informaticiens et des chercheurs, mais une partie croissante de ces compétences envisage son avenir à l’étranger. La France, le Canada, l’Allemagne, les pays du Golfe et, plus récemment, certains États africains attirent des professionnels auxquels le marché algérien n’offre pas toujours de perspectives correspondant à leur formation.

Le départ ne relève pas uniquement de la recherche d’un meilleur salaire. Il exprime également une défiance envers la prévisibilité des carrières, le fonctionnement des institutions et la reconnaissance du mérite.

La migration irrégulière, la « harga », constitue la forme la plus dramatique de ce désenchantement. Elle concerne des chômeurs, mais aussi des salariés, des étudiants et parfois des familles. Le phénomène ne peut être réduit à une simple attirance pour l’Europe. Il révèle la perte de confiance d’une partie de la population dans sa capacité à construire un avenir dans son propre pays.

L’Algérie possède pourtant les moyens financiers, humains et territoriaux d’offrir d’autres perspectives. L’écart entre ces ressources et les résultats obtenus alimente l’idée d’un pays maintenu en dessous de son potentiel.

La persistance d’un pouvoir sans véritable contrôle civil

Cette situation renvoie à la structure du pouvoir algérien. Depuis l’indépendance, l’institution militaire et les services de sécurité occupent une place déterminante dans la sélection des dirigeants et dans les grands arbitrages nationaux.

Cette prééminence ne signifie pas que chaque décision administrative serait prise par un général ou par un responsable des services. Elle désigne un système plus diffus, fondé sur la capacité des appareils à fixer les limites du débat, à influer sur les nominations et à intervenir lors des crises de succession.

Le président de la République dispose de larges pouvoirs constitutionnels. Il nomme le gouvernement, dirige la politique étrangère et occupe la fonction de ministre de la Défense. Mais l’histoire politique du pays montre que la présidence ne peut durablement gouverner contre les principaux centres de pouvoir de l’institution militaire.

Abdelaziz Bouteflika avait tenté de modifier cet équilibre. Durant ses vingt années à la tête de l’État, il avait progressivement réduit l’influence directe de certains responsables militaires et restructuré les services de renseignement. Son entourage avait cependant construit son propre système de pouvoir, associant la présidence, des réseaux administratifs et des groupes économiques liés à la commande publique.

La maladie du président, à partir de 2013, avait rendu cette architecture de plus en plus opaque. L’Algérie était officiellement gouvernée par un chef d’État devenu presque invisible, tandis que son entourage parlait et décidait en son nom.

La perspective d’un cinquième mandat, en 2019, a provoqué une rupture. Des millions d’Algériens ont refusé que le pays soit dirigé par procuration et ont exigé le départ de l’ensemble du système.

Le Hirak et la restauration de l’ordre

Le Hirak, né le 22 février 2019, ne s’est pas présenté comme un mouvement de prise du pouvoir. Il réclamait une transition démocratique, l’indépendance de la justice, la liberté de la presse et l’établissement d’un État civil.

Le départ de Bouteflika, le 2 avril 2019, a constitué une victoire populaire. Il n’a pas entraîné la transformation institutionnelle demandée dans les manifestations.

Sous l’autorité du chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah, le pouvoir a privilégié une transition encadrée par les institutions existantes. L’élection présidentielle de décembre 2019 a porté Abdelmadjid Tebboune à la tête de l’État dans un contexte de forte abstention et de rejet du scrutin par le Hirak.

Le nouveau président a promis une « Algérie nouvelle », une réforme constitutionnelle et un renouvellement des institutions. Le référendum constitutionnel de novembre 2020, puis les élections législatives de juin 2021, devaient matérialiser cette reconstruction.

La pandémie de Covid-19 avait entre-temps interrompu les manifestations hebdomadaires. Lorsque les marches ont repris, les autorités ont progressivement renforcé les contrôles, les arrestations et les poursuites.

Human Rights Watch estime que les autorités algériennes ont continué, en 2024, à réduire l’espace civique et à restreindre les libertés d’expression, de presse, d’association, de réunion et de circulation. Amnesty International a également dénoncé en 2025 une intensification des arrestations et des poursuites contre des personnes ayant exprimé pacifiquement leur mécontentement.

Les autorités algériennes rejettent généralement la présentation d’une répression systématique. Elles invoquent l’application de la loi, la protection de l’unité nationale et la lutte contre les organisations qualifiées de terroristes ou contre les tentatives de déstabilisation extérieure.

Cette justification sécuritaire possède un poids particulier dans un pays profondément marqué par la guerre civile des années 1990. Le traumatisme des violences, des attentats, des massacres et des disparitions continue d’occuper une place centrale dans la mémoire collective.

Mais la référence à la décennie noire est aussi devenue un instrument politique. Toute contestation suffisamment structurée peut être présentée comme le commencement d’un désordre dont l’Algérie connaîtrait déjà l’issue.

La stabilité n’est plus seulement un objectif légitime de l’État. Elle devient une limite opposée à toute évolution non contrôlée.

Le retour de la culture sécuritaire

Comparer l’Algérie actuelle aux années 1990 exige de la prudence. Le pays ne connaît ni la violence armée généralisée ni les massacres qui avaient caractérisé cette période. Parler d’un retour pur et simple à la décennie noire serait historiquement inexact.

En revanche, plusieurs caractéristiques de la culture politique forgée pendant ces années ont retrouvé une place importante : le secret entourant les décisions, la prééminence de la sécurité, l’élargissement des qualifications pénales, la suspicion envers les organisations indépendantes et la présentation de la dissidence comme une menace pour l’État.

Après la mort de Bouteflika, le 17 septembre 2021, l’Algérie n’est pas véritablement entrée dans un ordre politique nouveau. Elle est revenue, par étapes, à un système dans lequel les institutions civiles disposent d’une marge d’action, mais sans remettre en cause la position centrale des appareils.

Les hommes des années 1990 ne sont pas tous encore aux responsabilités. Leur conception du pouvoir, en revanche, demeure. L’État continue de considérer qu’une société trop autonome pourrait menacer sa cohésion.

Cette logique dépasse le domaine politique. Elle affecte les médias, les associations, les syndicats, les universités, l’édition et parfois l’activité économique.

Un média indépendant ne représente pas seulement un espace d’information. Il constitue un centre d’influence échappant au récit officiel.

Une association autonome n’est pas seulement une organisation civique. Elle peut devenir un lieu de mobilisation.

Un entrepreneur indépendant n’est pas seulement un créateur d’emplois. Il peut acquérir une puissance sociale qui ne dépend plus directement de l’État.

Le système ne bloque pas nécessairement toutes ces activités. Il cherche plutôt à les maintenir dans des limites qu’il définit lui-même.

Les législatives de 2021, scrutin d’une crise de représentation

Les élections législatives du 12 juin 2021 ont donné la mesure du fossé séparant les institutions d’une large partie de la société.

Selon les chiffres officiels, 5,62 millions de personnes ont voté sur 24,42 millions d’électeurs inscrits. La participation s’est élevée à environ 23 %. Un peu plus d’un million de bulletins ont été déclarés nuls, laissant 4,6 millions de suffrages valables.

La nuance est essentielle : le taux de participation officiel n’était donc pas inférieur à 20 %. Mais les votes valablement exprimés représentaient environ 18,8 % du corps électoral.

Autrement dit, plus de quatre électeurs inscrits sur cinq n’ont accordé leur suffrage valable à aucune des listes en compétition.

Le scrutin a produit une Assemblée nationale populaire de 407 députés. Le Front de libération nationale est arrivé en tête, suivi par les listes indépendantes, le Mouvement de la société pour la paix et le Rassemblement national démocratique. Mais le résultat politique majeur ne résidait pas dans la répartition des sièges. Il se trouvait dans l’abstention.

La formule de « parlementaires de la honte », employée par une partie des opposants, traduit ce déficit de représentation. Elle relève du jugement politique, non d’une catégorie juridique. Les députés ont été élus conformément aux procédures en vigueur et leur mandat est légal. Leur légitimité politique reste néanmoins fragilisée par la très faible mobilisation électorale.

Une démocratie ne se résume pas au respect matériel d’un calendrier. Elle suppose que les citoyens considèrent l’élection comme un moyen crédible d’exprimer un choix et de modifier l’orientation du pouvoir.

Or, en 2021, la majorité des Algériens n’a pas considéré que les législatives pouvaient produire cette transformation.

Le boycott du Hirak et de plusieurs forces politiques a contribué à la faiblesse de la participation. La méfiance avait toutefois des causes plus anciennes : rôle secondaire du Parlement, faible capacité de contrôle du gouvernement, instabilité des partis et perception selon laquelle les décisions majeures étaient prises hors de l’Assemblée.

Dans ce contexte, les élections ont permis de reconstituer une institution sans résoudre la crise de représentation.

Une présidentielle qui n’a pas clos la controverse

L’élection présidentielle anticipée du 7 septembre 2024 devait confirmer la stabilisation institutionnelle. Abdelmadjid Tebboune a été réélu pour un deuxième mandat.

Les résultats provisoires ont toutefois provoqué une situation inhabituelle. Les équipes des trois candidats, y compris celle du président déclaré vainqueur, ont dénoncé des incohérences dans les chiffres communiqués par l’Autorité nationale indépendante des élections.

La Cour constitutionnelle a ensuite révisé les résultats. Elle a attribué 84,3 % des suffrages exprimés à Abdelmadjid Tebboune, contre 94,65 % annoncés initialement par l’autorité électorale. Elle a fixé la participation définitive à 46,1 %.

Ces corrections n’ont pas remis en cause la victoire du président. Elles ont néanmoins renforcé les interrogations sur la clarté du processus électoral et sur la fiabilité de la communication institutionnelle.

La crise algérienne n’est donc pas celle d’un pays sans élections. Elle est celle d’un pays dans lequel les scrutins ne suffisent plus à produire une confiance politique.

La presse et la culture sous contrainte

Le recul de l’espace public se mesure également au traitement réservé aux médias.

L’Algérie conserve des journaux, des sites d’information et des journalistes qui produisent un travail professionnel. Mais leur activité est limitée par les pressions économiques, la réglementation, la concentration de la publicité publique et le recours à des dispositions pénales relatives à la sécurité, aux fausses informations ou au financement étranger.

Reporters sans frontières décrit un environnement dans lequel les médias privés restent fortement dépendants des autorités et où les journalistes peuvent être poursuivis pour leur activité.

Le cas d’Ihsane El Kadi, directeur de Radio M et de Maghreb Emergent, avait symbolisé cette évolution. Arrêté en décembre 2022 et condamné à une peine de prison, il a été libéré en novembre 2024 à la faveur d’une grâce présidentielle. Ses médias avaient auparavant été fermés.

Une grâce peut mettre fin à une détention. Elle ne remplace pas les garanties institutionnelles nécessaires à la liberté d’informer.

La même tension traverse le champ culturel. L’État consacre des moyens importants aux festivals, au cinéma, à l’édition et à la préservation du patrimoine. Il cherche à promouvoir une identité nationale associant l’héritage arabe, amazigh, africain et méditerranéen.

Mais l’autonomie de la création demeure fragile lorsque les artistes abordent les violences politiques, la mémoire des années 1990, le fonctionnement des institutions ou la répression du Hirak.

La culture est encouragée lorsqu’elle contribue au prestige national. Elle devient plus difficilement tolérée lorsqu’elle interroge les fondements du pouvoir.

Une stabilité dont le coût augmente

La stabilité algérienne repose sur plusieurs réalités : la puissance de l’armée, les revenus des hydrocarbures, une administration présente sur l’ensemble du territoire et une société encore marquée par la crainte du désordre.

Ce système a permis au pays d’éviter certains effondrements observés dans la région. L’Algérie n’est ni la Libye ni le Soudan. Ses institutions fonctionnent, son territoire reste contrôlé et sa diplomatie conserve une autonomie réelle.

Mais cette stabilité a un coût croissant.

Elle freine la circulation des élites, limite la compétition politique, entretient la dépendance économique et favorise le départ des compétences. Elle protège l’État contre les ruptures immédiates, mais elle affaiblit sa capacité d’adaptation à long terme.

Le système militaro-sécuritaire se considère comme le garant de la continuité nationale. Ses adversaires lui reprochent d’avoir confondu, au fil du temps, la protection de l’État avec la conservation de son propre pouvoir.

L’accusation mérite d’être formulée clairement : en limitant l’autonomie de la politique, de l’économie, des médias, de la société civile et de la création, cette caste ne se contente pas de gouverner l’Algérie. Elle en réduit les possibilités.

Elle ne bloque pas nécessairement toute activité. Elle veille à ce qu’aucune activité ne puisse devenir suffisamment indépendante pour modifier le rapport de force.

C’est en ce sens que l’Algérie apparaît comme un pays à l’arrêt.

Non parce qu’il ne s’y passe rien, mais parce que les mouvements de la société ne parviennent pas à transformer la nature du pouvoir.

Sortir de l’administration de la survie

La véritable alternative ne réside pas dans l’affaiblissement de l’État ni dans la mise à l’écart de l’armée en tant qu’institution nationale. Elle suppose de séparer clairement la défense du pays de la direction politique de la société.

Une armée professionnelle et forte n’a pas besoin de choisir les dirigeants civils. Une justice indépendante ne menace pas l’unité nationale. Une presse libre ne constitue pas une entreprise de déstabilisation. Une économie autonome ne fragilise pas nécessairement l’État : elle élargit sa base productive et réduit sa dépendance à la rente.

Le redémarrage du pays dépend donc moins d’un nouveau plan économique que d’une modification des règles politiques.

Il faudrait rendre les élections réellement compétitives, renforcer le contrôle parlementaire, garantir l’indépendance de la justice, protéger les journalistes, libérer l’activité associative et assurer aux investisseurs une stabilité réglementaire qui ne dépende pas des rapports de force internes.

Ces transformations comporteraient des risques. La conservation du système actuel en comporte davantage encore.

L’Algérie dispose d’une population proche de 47 millions d’habitants, d’un immense territoire, de ressources énergétiques considérables et d’une diaspora qualifiée. Elle possède les fondements d’une puissance régionale durable.

Elle continue pourtant d’administrer ses richesses plus qu’elle ne les transforme, de contenir sa jeunesse plus qu’elle ne l’intègre et d’organiser ses élections plus qu’elle ne construit la confiance démocratique.

Le pays ne s’effondre pas. Il survit, soutenu par l’énergie, la dépense publique et la solidité de son administration.

Mais survivre n’est pas avancer.

La stabilité ne peut pas éternellement tenir lieu de projet national. Tant que la société restera placée sous la tutelle d’appareils qui redoutent son autonomie, l’Algérie demeurera en deçà de ce qu’elle pourrait devenir : un pays actif dans ses chiffres, immobile dans ses structures et enfermé dans un ordre politique issu des crises du siècle précédent.

Khaled Boulaziz

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