Gaza, crimes de guerre et crimes contre l’humanité

15 septembre 2026
6 min de lecture|1 044 mots

Jamais, depuis le début de l’offensive israélienne déclenchée après les massacres du 7 octobre 2023, le territoire de Gaza n’avait été mesuré avec autant de précision depuis l’espace. Les derniers relevés du Centre satellitaire des Nations unies (UNOSAT), fondés sur des images du 16 juin 2026, estiment qu’environ 82 % des structures de la bande sont endommagées. Sur 201 290 bâtiments affectés, 134 422 sont classés détruits, 13 848 gravement endommagés, 28 096 modérément endommagés et 24 924 possiblement endommagés. Le nombre de logements touchés est estimé à 328 627. Par rapport à l’évaluation du 11 octobre 2025, le total des structures affectées a encore augmenté de 1,5 % et celui des bâtiments entièrement détruits de 9 %. La destruction n’a donc pas cessé avec le cessez-le-feu annoncé le 10 octobre 2025.

Ces pourcentages ne disent pas que « 80 % du pays a été détruit» au sens d’une rase campagne totale. Ils disent autre chose, tout aussi grave : la grande majorité du tissu bâti est hors d’usage. Un immeuble compte pour une structure, mais pour plusieurs logements. C’est pourquoi l’évaluation conjointe Banque mondiale–ONU–Union européenne d’avril 2026, qui s’arrête à la veille du cessez-le-feu, parle de 371 888 unités de logement détruites ou endommagées sur 485 361, soit 76,6 % du parc. Le logement à lui seul représente 18 milliards de dollars, la moitié des dégâts physiques totaux.

Le coût n’est pas abstrait. La même évaluation chiffre les dommages physiques à 35,2 milliards de dollars, les pertes économiques et sociales à 22,7 milliards, et les besoins de relèvement sur dix ans à 71,4 milliards, dont 26,3 milliards dès les dix-huit premiers mois. L’économie gazaouie a reculé d’environ 84 %. Le rapport évoque un recul du développement humain de plusieurs décennies.

Autour de l’habitat, les réseaux vitaux ont suivi. Environ 90 % des infrastructures énergétiques sont détruites ou hors service. Près de 88 % des équipements d’eau et d’assainissement en surface et 76 % des réseaux souterrains sont endommagés ; les stations d’épuration ne fonctionnent plus. Sur les routes, UNOSAT et l’évaluation conjointe convergent : de l’ordre de 74 % du réseau détruit et 13 % endommagé, soit environ 77 % du réseau routier affecté si l’on inclut les obstacles. Plus de la moitié des hôpitaux ne sont plus fonctionnels. La quasi-totalité des écoles est touchée. En agriculture, plus de 80 % des serres restent hors production et l’essentiel des terres cultivables est soit endommagé, soit inaccessible. Des millions de tonnes de décombres — les fourchettes publiées tournent autour de 40 à 68 millions de tonnes — recouvrent encore le sol. Une fraction seulement a été dégagée.

Ces chiffres ne naissent pas d’un vide politique. Israël a répondu par une campagne aérienne et terrestre d’une intensité rarement vue dans un territoire aussi petit et aussi densément peuplé. Le droit des conflits armés interdit de frapper un adversaire qui se fond dans le tissu urbain. Il interdit de viser délibérément les civils, de détruire des biens indispensables à la survie de la population hors nécessité militaire, et de rendre un territoire inhabitable comme fin en soi. C’est précisément sur ce point que le TPI a qualifié ces actes de crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Plusieurs États et organisations qualifient désormais les opérations israéliennes de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, voire de génocide. L’Afrique du Sud a saisi la Cour internationale de justice. La Cour pénale internationale a délivré des mandats visant des dirigeants israéliens — dont le Premier ministre. Des commissions d’enquête onusiennes, Amnesty International, Médecins sans frontières et une partie des spécialistes du génocide estiment que la destruction systématique des conditions de vie à Gaza — logements, hôpitaux, eau, écoles, terres agricoles — dépasse la seule poursuite d’un objectif militaire. contre le Hamas. Israël rejette ces qualifications. Les images satellite, elles, tranchent sans équivoque ; crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Le résultat est celui-ci : une population d’environ 2,1 millions de personnes, déplacée pour l’essentiel, souvent plusieurs fois ; plus de 60 % des habitants sans logement auquel revenir ; un réseau électrique effondré ; une eau rare et insalubre ; un système de santé brisé ; une scolarité interrompue pendant des années. Après le cessez-le-feu d’octobre 2025, des frappes, des démolitions et des déplacements ont continué, notamment le long de la « ligne jaune » et dans des zones passées sous contrôle militaire israélien. Des analyses indépendantes, dont celle du New York Times au début de 2026, ont recensé des milliers de structures encore abattues après l’entrée en vigueur de la trêve.

Appeler cela « 80 % d’un pays détruit, 100 % d’une population déplacée, 50 % de morts enfants » compacte des ordres de grandeur réels dans une formule polémique. Gaza n’est pas un État souverain au sens du droit international classique ; la part des enfants parmi les tués est élevée — souvent citée autour de 30 %, et d’environ 50 % si l’on additionne femmes et enfants — mais elle n’est pas établie à la moitié exacte de tous les décès par les mêmes sources. En revanche, le cœur de l’accusation tient : rarement un territoire aussi petit a vu, en si peu de temps, une telle proportion de son habitat, de ses écoles, de ses hôpitaux et de ses réseaux d’eau et d’énergie rendus inutilisables.

Les mots « crime contre l’humanité » ont un sens précis : attaque généralisée et systématique contre une population civile. Les juges, pas les rédactions, tranchent in fine. Ce qui relève déjà du constat public, c’est l’ampleur de la ruine civile et le fait que cette ruine n’est plus un effet collatéral isolé, mais la condition quotidienne de millions de personnes.

Le sionisme qui a commencé comme une idéologie coloniale s’est mué au fil du temps en un culte de la mort. Il est un danger non seulement pour les Palestiniens, mais le toute l’humanité.

Khaled Boulaziz

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