Survie d’un régime : bradage des resources naturelles

11 juin 2026
18 min de lecture|3 561 mots

Lorsque Sabri Boukadoum, l’ambassadeur de l’Algérie au U.S, lançait, depuis Washington, que « le ciel est la limite » pour qualifier les perspectives de coopération entre l’Algérie et les États-Unis, beaucoup y avaient vu une formule diplomatique, un enthousiasme de circonstance, une parole de salon destinée à flatter l’hôte américain. C’était plus qu’une phrase. C’était un aveu. Derrière cette expression, il y avait déjà la tentation d’un pouvoir qui, n’ayant plus de légitimité populaire à opposer au monde, cherchait dans les grandes puissances une reconnaissance de substitution.

Aujourd’hui, le ciel ne suffit plus. C’est le sous-sol qui devient l’offrande.

L’Algérie officielle parle d’investissements, de diversification, de partenariats stratégiques, de transfert de technologie, de formation et de montée en gamme industrielle. Les mots sont propres, lisses, rassurants. Ils sentent le communiqué ministériel, la note d’ambassade, le rapport de cabinet. Mais derrière cette prose administrative se cache une question autrement plus grave : qui a donné mandat au régime pour engager les richesses minières de l’Algérie dans une nouvelle négociation stratégique avec les puissances étrangères ?

Les mines ne sont pas un simple secteur économique. Elles ne sont pas une case dans un plan de diversification. Elles sont un patrimoine national, une richesse non renouvelable, une part de l’héritage des générations futures. Ce que l’on extrait aujourd’hui ne reviendra jamais demain. Un minerai arraché au sol, exporté brut, vendu au plus offrant ou livré à des consortiums étrangers, c’est une part de souveraineté qui quitte le territoire avec lui. C’est pourquoi un pays sérieux ne traite pas son sous-sol comme un tiroir-caisse.

Or c’est précisément ce que donne à voir cette nouvelle séquence. On nous explique que les États-Unis disposent d’entreprises expérimentées, de technologies avancées, de capacités d’exploration et d’extraction. Sans doute. Mais depuis quand l’expérience d’une puissance étrangère suffit-elle à garantir l’intérêt national ? Depuis quand l’appétit d’un empire devient-il une preuve de bienveillance ? Depuis quand le fait d’être courtisé par Washington constitue-t-il une victoire ?

C’est ici qu’apparaît la mauvaise affaire. Car avec les États-Unis, dans l’ordre brutal du monde tel qu’il est, il n’y a jamais deux vainqueurs égaux. Il y a celui qui calcule, qui prévoit, qui avance ses pions avec la froide patience des empires ; et il y a celui qui se persuade d’être choisi parce qu’il est courtisé. De toute évidence, dans cette affaire, ce sont les États-Unis qui gagnent. Ils gagnent l’accès, l’influence, l’information, la profondeur stratégique, la possibilité de placer leurs compagnies au cœur d’un secteur appelé à devenir décisif dans la guerre mondiale des ressources.

Nos dirigeants, héritiers autoproclamés de putsh de 1962, pourront alors bomber le torse et dire au peuple que l’Algérie fait désormais de grandes affaires avec Washington. Ils expliqueront, avec cette emphase administrative qui remplace chez eux la pensée politique, que notre pays occupe une place importante sur l’échiquier international, qu’il est respecté, recherché, considéré comme un partenaire stratégique par la première puissance mondiale. Mais ils oublieront de dire l’essentiel : une puissance impériale n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts. Et lorsque ces intérêts commandent, elle n’hésite pas à froisser, humilier ou écraser ses partenaires les plus proches, même ceux qui croyaient avoir acheté sa bienveillance par leur docilité.

Voilà pourquoi la question n’est pas de savoir si Washington nous sourit. La question est de savoir ce que ce sourire nous coûte. Une nation digne ne mesure pas sa grandeur au nombre de délégations étrangères reçues dans ses ministères, ni aux compliments que lui adressent les chancelleries. Elle la mesure à sa capacité de défendre l’avenir contre l’urgence, le bien commun contre les appétits privés, la souveraineté populaire contre les arrangements d’appareil. Là où le régime voit une reconnaissance, le peuple doit voir une alerte. Là où l’on nous parle de partenariat stratégique, il faut demander : stratégie de qui, pour qui, contre quoi, et au prix de quelle part de souveraineté ?

Les États-Unis ne viennent pas en Algérie par romantisme géologique. Ils viennent parce que le monde est entré dans une guerre des minerais. Batteries, semi-conducteurs, satellites, armement, intelligence artificielle, industries dites vertes : tout cela exige des ressources, des métaux, des chaînes d’approvisionnement sécurisées. Washington cherche à réduire sa dépendance envers ses rivaux, à verrouiller de nouvelles sources, à positionner ses entreprises avant les autres. C’est sa logique. Elle est claire. Elle est froide. Elle est impériale. Mais où est la logique algérienne ? Où est la doctrine nationale ? Où est le débat public ? Où est le contrôle démocratique ?

Un État souverain peut négocier avec tout le monde, mais il ne s’offre à personne. Il impose ses conditions. Il exige la transformation locale. Il protège ses ingénieurs, ses travailleurs, ses territoires, son eau, ses nappes, ses montagnes et ses oasis. Il refuse que le pays soit réduit à un inventaire de gisements. Il ne se contente pas d’extraire : il construit une industrie. Il ne vend pas seulement la matière : il produit de la valeur. Il ne cherche pas seulement des investisseurs : il forme une nation productive.

Le régime algérien, lui, procède à l’envers. Après avoir gaspillé la rente des hydrocarbures, il rêve d’une rente minière. Après avoir promis l’industrialisation par le pétrole, il promet maintenant la diversification par les mines. Mais la rente reste la rente, même lorsqu’elle change de matière. Elle produit les mêmes réflexes : opacité, clientélisme, contrats négociés dans l’ombre, intermédiaires, discours patriotiques et dépendance extérieure. On ne libère pas un pays en remplaçant un robinet de gaz par une carrière de phosphate, un gisement de zinc ou quelques grammes de terres rares.

Il faut ici parler clairement de ce que le mot « terres rares » dissimule. Il ne s’agit pas de cueillir dans le désert quelques pierres précieuses que l’on chargerait ensuite dans des camions. Les terres rares regroupent une famille de métaux utilisés dans les aimants permanents, les batteries, les éoliennes, les moteurs électriques, les missiles, les radars et les technologies de précision. Leur valeur stratégique est immense. Mais leur extraction est parmi les plus sales, les plus complexes et les plus chimiquement lourdes de l’industrie minière.

Après l’extraction vient le premier choc industriel : concassage, broyage, flottation, concentration. Le minerai est réduit en particules fines pour libérer les éléments recherchés. Mais ces éléments sont rarement isolés. Ils sont mélangés à d’autres métaux, à des phosphates, à des carbonates, à des silicates, parfois à de l’uranium et du thorium. Il faut donc séparer. Et c’est là que commence le vrai danger : lixiviation acide, lavage, décantation, neutralisation, extraction par solvants, précipitation chimique, stockage de boues et de résidus.

Selon les procédés et la nature du gisement, l’industrie peut utiliser de l’acide sulfurique, de l’acide chlorhydrique, de l’acide nitrique, de la soude, de la chaux, des sulfates, des chlorures, des nitrates, du carbonate de sodium, du sulfate d’ammonium ou des solvants organiques destinés à extraire sélectivement les éléments recherchés. Dans certains procédés d’argiles ioniques, des solutions de sulfate d’ammonium sont injectées ou mises en contact avec le sol pour décrocher les ions de terres rares. On obtient alors non seulement un concentré utile, mais aussi des eaux chargées en ammonium, sulfates, métaux dissous, particules fines et sels. Ce que l’industrie appelle « effluent », le désert peut le recevoir comme poison.

Les risques ne s’arrêtent pas aux produits utilisés. Les résidus miniers peuvent contenir du plomb, du cadmium, de l’arsenic, du fluor, du manganèse, du nickel, du chrome, du zinc en excès, des sulfates, des chlorures et des éléments radioactifs naturels. Lorsque l’uranium et le thorium sont présents dans le minerai, le traitement les concentre dans les déchets. Ces déchets ne deviennent pas dangereux parce qu’ils sont importés de l’extérieur ; ils le sont parce que l’industrie les a déplacés, broyés, concentrés, rendus plus réactifs et plus exposés. Ce sont des déchets radioactifs naturels technologiquement renforcés, c’est-à-dire une radioactivité naturelle que l’activité industrielle rend plus problématique.

À cela s’ajoutent les bassins de résidus. Une mine moderne produit souvent d’immenses volumes de boues : eau, particules fines, réactifs chimiques, métaux dissous, sels, radionucléides éventuels. Ces boues sont stockées dans des digues, des bassins, des haldes ou des aires d’évaporation. Dans le Sahara, on dira peut-être que l’évaporation est un avantage. C’est faux. Quand l’eau s’évapore, les polluants ne disparaissent pas. Ils se concentrent. Les sels restent, les métaux restent, les sulfates restent, les éléments radioactifs restent. Puis viennent le vent, les poussières, les infiltrations, les pluies rares mais violentes, les fissures, les défauts de membrane, les négligences, les forages abandonnés.

Le parallèle avec le gaz de schiste est donc évident. On avait déjà voulu vendre aux Algériens une promesse de puissance en leur demandant de ne pas regarder le prix caché : l’eau, les produits chimiques, les forages, les risques de fuite, la fragilité du Sahara. Avec les terres rares, le scénario peut être plus grave encore. Le gaz de schiste menace par la fracturation hydraulique, la pression, les fluides injectés, les remontées d’eaux polluées. Les terres rares menacent par la chimie de séparation, la lixiviation, les acides, les solvants, les boues, les métaux lourds, les sels et parfois la radioactivité naturelle concentrée. Dans les deux cas, le point vulnérable est le même : l’eau saharienne.

Car sous le Sahara se trouve l’Albien, cette nappe fossile du Continental Intercalaire, partie majeure du Système aquifère du Sahara septentrional. Ce n’est pas une simple réserve d’eau. C’est l’un des grands trésors géologiques du pays. Une eau ancienne, accumulée sur des temps très longs, très faiblement renouvelée, parfois captive sous des couches profondes, et dont dépendent des villes, des oasis, des agricultures sahariennes, des équilibres humains entiers. À Adrar, à Ouargla, à Touggourt, à El Oued, à In Salah, dans tout le Sud habité, l’eau souterraine n’est pas une ressource parmi d’autres : elle est la condition même de la vie.

La pollution de l’Albien ne ressemblerait pas à la pollution d’un oued que l’on peut voir, photographier, curer, détourner ou traiter en surface. Elle serait sourde, souterraine, lente, difficile à détecter, presque impossible à réparer. Un panache acide ou salin qui pénètre un aquifère profond peut se déplacer avec la circulation souterraine pendant des années. Les métaux dissous peuvent voyager, se fixer sur les roches, se relarguer plus tard selon les changements de pH ou d’oxydation. Les nitrates, les sulfates, les chlorures et l’ammonium peuvent modifier durablement la qualité chimique de l’eau. Les radionucléides peuvent poser des problèmes sanitaires et de surveillance pendant des durées qui dépassent largement le calendrier d’un contrat minier.

Les voies de contamination sont connues. Première voie : l’infiltration depuis les bassins de résidus, surtout si les membranes sont mal posées, déchirées, vieillissantes ou absentes. Deuxième voie : les eaux de procédé, chargées en acides, sels et métaux, qui s’échappent par fuite, débordement ou ruissellement lors d’épisodes pluvieux exceptionnels. Troisième voie : les forages eux-mêmes, lorsqu’ils sont mal cimentés, abandonnés ou traversent plusieurs horizons aquifères, créant des communications artificielles entre nappes superficielles polluées et nappes profondes. Quatrième voie : les fractures, failles et zones de perméabilité qui peuvent accélérer la migration des fluides. Cinquième voie : les poussières contaminées, soulevées par le vent, déposées plus loin, puis remobilisées par l’eau ou l’activité humaine.

Le danger est d’autant plus grand que les pollutions minières ne sont pas toujours immédiates. Une digue peut tenir dix ans et céder la onzième. Un bassin peut sembler étanche au début et fuir lentement. Un forage mal scellé peut devenir, vingt ans plus tard, une cheminée de contamination. Une halde de résidus peut s’oxyder avec le temps, produire du drainage acide, libérer des métaux et transformer une zone minière en foyer chimique durable. Les compagnies, elles, peuvent changer de nom, vendre leurs parts, quitter le pays, invoquer l’arbitrage international ou laisser derrière elles une société locale sous-capitalisée. Les déchets, eux, resteront.

Dans un pays humide, ces risques seraient déjà considérables. Dans le Sahara, ils deviennent existentiels. Car l’eau fossile ne se remplace pas. On peut perdre une cargaison de minerai ; on ne remplace pas l’Albien. On peut renégocier un contrat ; on ne renégocie pas avec une nappe contaminée. On peut fermer une mine ; on ne ferme pas une pollution souterraine une fois qu’elle a commencé son chemin.

Compromettre l’Albien pour quelques contrats miniers serait donc un crime contre l’avenir. Une pollution acide, saline, métallique, ammoniacale ou radioactive dans un tel système ne serait pas une simple « externalité environnementale ». Elle serait une blessure longue, presque irréversible, infligée à la réserve d’eau la plus précieuse du pays. Les hydrocarbures ont déjà enfermé l’Algérie dans la rente ; les terres rares pourraient l’enfermer dans une nouvelle dépendance, plus toxique encore, si elles sont exploitées sans transparence, sans expertise indépendante, sans contrôle populaire et sans sanctuarisation absolue des nappes sahariennes.

Avant de parler d’investisseurs américains, de technologies avancées et de partenariats stratégiques, il faut donc poser des questions simples. Où seront situées les mines ? À quelle distance des aquifères ? Quels réactifs seront utilisés ? Quels volumes d’eau seront pompés ? Où seront stockées les boues ? Quelle sera la composition chimique des effluents ? Qui mesurera le pH, les sulfates, les chlorures, les nitrates, l’ammonium, l’arsenic, le plomb, le cadmium, l’uranium, le thorium et les fluorures ? Où seront les piézomètres de contrôle ? Les données seront-elles publiques ? Qui surveillera les bassins pendant cinquante ans ? Qui paiera lorsque les compagnies seront parties et que les déchets resteront ?

Dans le Sahara, l’eau vaut plus que le minerai. L’Albien vaut plus que tous les contrats. Et un État qui risque l’eau fossile de son peuple pour attirer des capitaux étrangers ne développe pas le pays : il hypothèque sa survie.

La fermeture du gazoduc Maghreb-Europe, souvent appelé gazoduc transmaghrébin, avait déjà révélé cette manière cavalière de gérer les infrastructures stratégiques. Une décision lourde, prise dans un contexte de tension avec le Maroc, avait été présentée comme un acte de souveraineté. Mais la souveraineté n’est pas le caprice. Elle n’est pas le coup de menton. Elle n’est pas la diplomatie de l’humeur. Elle est la capacité de penser loin, de mesurer les conséquences, de distinguer l’intérêt durable de l’État des réflexes de l’appareil.

Hier, on ferme une artère énergétique sur fond de rivalité régionale. Aujourd’hui, on ouvre les veines minières du pays au nom de l’attractivité. Dans les deux cas, le peuple n’est pas consulté. Dans les deux cas, les décisions sont prises au sommet, par une bureaucratie qui parle au nom de la nation sans jamais lui rendre de comptes. Dans les deux cas, le discours officiel invoque la souveraineté pour masquer l’absence de souveraineté populaire.

L’hypocrisie devient plus éclatante encore lorsque le régime continue d’agiter la question palestinienne et l’hostilité à Israël comme preuves de vertu politique. Si le Maroc traite ouvertement avec Israël, Alger choisit une voie plus contournée : traiter avec Washington, c’est-à-dire avec la puissance qui demeure le principal protecteur stratégique d’Israël et le centre d’influence de courants néoconservateurs et pro-israéliens puissants. La différence n’est pas morale ; elle est procédurale. Rabat assume une relation directe. Alger cherche l’absolution indirecte, l’alignement sans l’aveu, la respectabilité par procuration.

On ne peut pas dénoncer le sionisme dans les discours et chercher, dans les salons américains, une garantie de survie diplomatique. On ne peut pas parler de non-alignement tout en transformant les richesses nationales en gage offert à la première puissance mondiale. On ne peut pas invoquer Novembre, Boumediene, la Palestine, la souveraineté et la dignité tout en traitant le sous-sol algérien comme une monnaie d’échange.

Le plus grave, dans cette affaire, n’est pas seulement le choix du partenaire. C’est l’absence de peuple. Où est le débat parlementaire réel ? Où sont les contrats ? Où sont les clauses ? Où sont les audits indépendants ? Où sont les études environnementales ? Où sont les garanties sur l’eau, les déchets, les poussières, les maladies professionnelles, les compensations locales ? Où est l’obligation de transformation sur place ? Où est la publication des bénéficiaires effectifs ? Où sont les mécanismes empêchant les réseaux d’intermédiation, les sociétés écrans et les clientèles de s’emparer de cette nouvelle rente ?

Les mines ne sont pas seulement des chiffres. Elles transforment des territoires. Elles peuvent épuiser des nappes, bouleverser des équilibres écologiques, déplacer des populations, créer des maladies, laisser derrière elles des cratères et des déchets. Dans un pays menacé par le stress hydrique, parler de grands projets miniers sans débat national sur l’eau relève de l’irresponsabilité. On ne peut pas célébrer l’investissement étranger en oubliant que les dégâts, eux, resteront algériens.

La diversification est nécessaire, nul ne le conteste. Mais la diversification n’est pas la liquidation. Elle ne consiste pas à passer de Sonatrach à des consortiums miniers étrangers. Elle ne consiste pas à livrer le fer, le zinc, le phosphate ou les métaux rares à ceux qui viennent chercher chez nous ce qui leur manque ailleurs. Elle consiste à bâtir une économie productive, à former des ingénieurs, à développer des laboratoires, à créer des usines, à maîtriser les chaînes de valeur, à donner du travail digne aux Algériens, à inscrire chaque ressource dans une stratégie nationale.

Le sous-sol algérien n’appartient ni à un ministre, ni à une agence, ni à un président, ni à un état-major, ni à une assemblée sans voix. Il appartient à la nation, c’est-à-dire aussi à ceux qui ne sont pas encore nés. C’est à eux que nous devons penser avant de signer. C’est devant eux que chaque responsable devrait trembler. Que restera-t-il au pays dans cinquante ans ? Des usines ou des trous ? Des ingénieurs ou des contrats ? Une industrie ou des poussières ? Une souveraineté ou des royalties ? Une eau préservée ou une nappe sacrifiée ?

Le vrai patriotisme commence ici : refuser que la terre algérienne serve de caution à la survie d’un système. Refuser que les mots « partenariat stratégique » masquent la dépossession. Refuser que le régime joue à l’anti-impérialisme devant les foules et à la disponibilité géologique dans les chancelleries. Refuser que l’Algérie, qui s’est libérée par le sacrifice, soit reconduite à la dépendance par la ruse des contrats.

Le ciel était la limite, disait Boukadoum. Désormais, le régime creuse plus bas : il cherche dans le sous-sol ce qu’il a perdu dans le peuple. Mais aucune mine, aucun métal rare, aucun contrat américain, aucune photo officielle ne pourra combler le vide d’un pouvoir qui a confondu l’État avec sa propre survie.

Le sous-sol algérien n’est pas une offrande. C’est un héritage. L’Albien n’est pas une variable économique. C’est une condition de vie. Et brader l’héritage sans mandat, sans transparence, sans vision et sans protection absolue de l’eau saharienne, ce n’est pas gouverner : c’est trahir l’avenir.

Khaled Boulaziz

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