En Algérie, certains intellectuels dénoncent à la fois l’autoritarisme du pouvoir et la pression exercée par la société. Leur critique touche parfois juste. Mais elle devient problématique lorsqu’elle transforme les convictions populaires, notamment religieuses, en pathologie collective qu’une minorité éclairée serait chargée de corriger.
Intellectuels algériens : deux conceptions du rôle critique
« En Algérie, il n’y a pas seulement l’oppression exercée par le pouvoir. Il existe aussi une pression sociale, nourrie par la religion et par les différentes interprétations qui sont faites des préceptes religieux. »
Il faut prendre cette affirmation au sérieux.
L’oppression ne vient pas exclusivement de l’État. Une société peut elle aussi surveiller, juger, exclure et contraindre. Le poids de la famille, du voisinage, de la réputation, des traditions et de certaines lectures de la religion peut réduire l’espace laissé à l’individu.
Il serait malhonnête de le nier.
Des femmes peuvent être contraintes de se vêtir d’une certaine manière. Des croyants comme des non-croyants peuvent être sommés de donner des preuves publiques de leur conformité. Des citoyens peuvent dissimuler leurs opinions, leurs pratiques ou leur mode de vie par peur du scandale, de la rupture familiale, de l’exclusion professionnelle ou de violences plus graves.
La liberté de conscience doit protéger chacun contre ces contraintes.
Mais une autre question se pose : que cherche réellement l’intellectuel lorsqu’il dénonce la pression sociale ? Veut-il garantir à chaque Algérien le droit de vivre selon sa conscience, ou veut-il conduire l’ensemble de la société vers le modèle culturel qu’il considère lui-même comme supérieur ?
Entre les deux démarches, la différence est immense.
L’intellectuel comme conscience ou comme ingénieur social
Il existe au moins deux conceptions de l’intellectuel.
La première en fait un auxiliaire d’un programme politique, culturel ou institutionnel. Son savoir reçoit une fonction précise : expliquer, légitimer, accompagner et faire triompher un projet défini par le pouvoir ou par une élite organisée.
Dans cette conception, l’intellectuel ne se contente pas de penser. Il participe à une entreprise de transformation sociale dont les objectifs sont fixés à l’avance.
La seconde conception voit au contraire dans l’intellectuel une conscience critique.
Il ne reçoit pas sa mission d’une administration, d’un parti ou d’une idéologie. Il prend de la distance avec les intérêts immédiats, les vérités officielles et les calculs de circonstance. Sa responsabilité consiste à rappeler des valeurs plus durables : la dignité humaine, la liberté, la pluralité, la justice et le respect de la réalité vécue par les hommes.
Cette opposition demeure féconde.
L’intellectuel est-il la conscience critique de la société ou l’ingénieur chargé de la transformer ?
Doit-il éclairer les contradictions collectives, ou fournir une justification savante à un programme politique, culturel ou idéologique ?
La question ne concerne pas seulement les intellectuels proches du pouvoir. Elle doit également être posée à ceux qui se présentent comme ses adversaires.
Car on peut s’opposer au régime tout en reproduisant sa manière de penser.
La tentation de remplacer une orthodoxie par une autre
Le pouvoir autoritaire ne se contente pas de gouverner. Il définit souvent ce qui doit être tenu pour vrai, respectable, patriotique ou acceptable.
Il distribue les certificats de légitimité.
Il distingue les bons citoyens des suspects, les voix responsables des voix dangereuses, les cultures admises des identités jugées encombrantes.
Mais certains intellectuels d’opposition sont tentés d’employer la même méthode au nom de valeurs différentes.
Ils contestent la vérité officielle de l’État, mais cherchent à imposer leur propre vérité sociale. Ils dénoncent l’autoritarisme politique, mais supportent difficilement qu’une majorité de citoyens puisse demeurer religieuse, conservatrice ou attachée à des formes de vie qu’ils jugent dépassées.
La société algérienne devient alors, dans leur discours, un matériau défectueux.
Le peuple ne serait pas seulement privé de liberté par les institutions. Il serait également victime de ses propres croyances, de sa mémoire et de ses valeurs. Il faudrait donc le corriger, l’éduquer, le débarrasser de ses représentations et, finalement, le conduire là où une minorité éclairée estime qu’il doit aller.
L’intellectuel ne se présente plus comme un interlocuteur de la société, mais comme son médecin.
Et lorsqu’une société est décrite comme malade, ceux qui prétendent connaître le remède finissent souvent par considérer le consentement du patient comme secondaire.
Une société ne se réduit pas à ses contraintes
Toute société exerce une pression sur ses membres.
Les sociétés occidentales auxquelles certains aiment comparer l’Algérie produisent elles aussi leurs normes, leurs conformismes, leurs interdits implicites et leurs mécanismes d’exclusion. La différence réside moins dans l’existence de normes collectives que dans la possibilité juridique et concrète de s’en écarter sans subir de persécution.
Il faut donc distinguer trois réalités.
Il y a d’abord la conviction personnelle : un individu considère qu’un comportement est bon, juste ou conforme à sa religion.
Il y a ensuite la norme sociale : une communauté valorise certains comportements et en désapprouve d’autres.
Il y a enfin la coercition : une personne est menacée, violentée, privée de ses droits ou punie parce qu’elle refuse de se conformer à cette norme.
La démocratie ne peut pas supprimer les convictions. Elle ne peut pas davantage interdire aux sociétés d’avoir des préférences morales.
Elle doit en revanche empêcher que ces préférences se transforment en violence ou en privation de droits.
Un père peut souhaiter que ses enfants partagent ses croyances. Il ne devrait pas pouvoir les séquestrer ou les agresser s’ils font un autre choix.
Une communauté peut considérer certaines pratiques comme contraires à ses valeurs. Elle ne devrait pas pouvoir priver leurs auteurs de leur sécurité, de leur emploi ou de leur citoyenneté.
Un croyant doit pouvoir exprimer publiquement sa foi. Un non-croyant doit pouvoir vivre sans feindre une foi qu’il n’a pas.
C’est précisément là que commence l’État de droit.
La religion, réalité vivante et non simple instrument d’oppression
Présenter la religion uniquement comme une source de pression sociale serait intellectuellement insuffisant.
Pour des millions d’Algériens, l’islam n’est ni une consigne administrative ni un mécanisme de surveillance. Il représente une foi, une morale, une mémoire familiale, une vision de l’existence et une appartenance historique.
Certains s’y conforment par conviction profonde. D’autres par tradition. D’autres encore entretiennent avec lui une relation sélective, intime ou contradictoire.
Cette diversité existe à l’intérieur même de la société croyante.
L’intellectuel honnête doit pouvoir critiquer les interprétations religieuses qui justifient la violence, la discrimination ou l’humiliation. Mais il doit également reconnaître la capacité des croyants à penser, choisir et interpréter leur propre existence.
Considérer que toute pratique religieuse est nécessairement le résultat d’une aliénation revient à retirer au croyant son autonomie morale.
La femme qui enlève son voile doit être protégée contre la contrainte. Celle qui le porte par choix doit l’être également.
Celui qui rompt le jeûne ne doit pas être persécuté. Celui qui jeûne ne doit pas être présenté comme le produit passif d’un conditionnement collectif.
La liberté n’est pas le passage obligatoire d’un mode de vie religieux à un mode de vie sécularisé.
Elle est le droit de choisir entre plusieurs manières de vivre.
Quand la critique du conservatisme cache le mépris social
Une partie du discours sur la pression religieuse contient parfois un impensé de classe.
Les pratiques des milieux populaires sont décrites comme archaïques, irrationnelles ou oppressives, tandis que les préférences culturelles des élites urbaines sont présentées comme naturelles, universelles et modernes.
Le conservatisme du quartier populaire est qualifié d’obscurantisme.
Le conformisme des catégories favorisées devient, lui, ouverture d’esprit.
La première règle de l’honnêteté intellectuelle serait pourtant de soumettre toutes les catégories sociales au même examen.
Une élite peut être aussi conformiste qu’un village. Un milieu universitaire peut exercer une police du langage aussi impitoyable que celle d’un voisinage. Un groupe qui se croit libéral peut exclure ceux qui ne partagent pas ses codes avec autant de brutalité symbolique qu’un groupe conservateur.
La pression sociale ne disparaît pas lorsque la religion recule. Elle change d’objet et de vocabulaire.
Elle peut s’exercer au nom de la tradition, de la respectabilité, du patriotisme, de la modernité ou même de la liberté.
Partir de la réalité des hommes vivants
Une nation véritable ne se construit pas à partir d’un citoyen abstrait inventé par les idéologues.
Elle part des hommes et des femmes réels.
Certains sont profondément religieux. D’autres le sont peu. Certains se définissent d’abord par leur arabité, d’autres par leur amazighité, beaucoup par plusieurs appartenances simultanées. Certains veulent transformer les normes sociales. D’autres souhaitent les préserver. La majorité compose probablement avec ces différentes dimensions, sans entrer parfaitement dans les catégories établies par les intellectuels.
Respecter cette réalité ne signifie pas accepter toutes les pratiques.
Une tradition qui viole les droits fondamentaux doit être combattue. Une interprétation religieuse qui autorise la violence doit être contestée. Une coutume ne devient pas juste uniquement parce qu’elle est ancienne.
Mais la réforme ne peut pas reposer sur la négation de ceux auxquels elle s’adresse.
On ne défend pas la dignité humaine en traitant une partie du peuple comme une masse ignorante.
On ne protège pas la diversité en considérant certaines identités comme des erreurs historiques.
On ne construit pas l’unité en demandant aux autres de devenir invisibles.
L’unité nationale ne devrait jamais signifier l’effacement des différences. Elle devrait être l’organisation politique d’une pluralité assumée.
L’arabophone ne devrait pas avoir à nier l’amazighité du pays.
L’amazighophone ne devrait pas avoir à renoncer à son appartenance nationale.
Le croyant ne devrait pas être traité comme un citoyen retardataire.
Le non-croyant ne devrait pas être considéré comme un corps étranger.
Une nation solide n’exige pas l’uniformité. Elle garantit l’égalité entre des citoyens différents.
L’indépendance intellectuelle ne garantit pas l’infaillibilité
L’intellectuel digne de ce nom doit pouvoir résister aux impératifs du pouvoir, aux injonctions des partis et aux vérités officielles.
Cette indépendance est indispensable.
Mais elle ne suffit pas.
Un intellectuel peut être indépendant du gouvernement tout en étant prisonnier de son milieu social, de ses références étrangères, de ses préjugés ou de sa propre volonté de reconnaissance.
Il peut s’opposer courageusement au pouvoir tout en parlant du peuple avec condescendance.
Il peut défendre une minorité opprimée et devenir aveugle aux droits de ceux qu’il considère comme majoritaires.
Il peut dénoncer une propagande officielle et produire à son tour un récit simplificateur.
La liberté de l’intellectuel ne le dispense donc ni de prudence ni d’autocritique. Elle accroît, au contraire, sa responsabilité.
Parce qu’il dispose d’une tribune, de mots et parfois d’un prestige que les autres citoyens ne possèdent pas, il doit résister à la tentation de transformer ses préférences personnelles en lois générales de l’émancipation.
Il doit également se demander au nom de qui il parle.
Parle-t-il pour les citoyens ou à leur place ?
Défend-il leur liberté ou cherche-t-il à orienter leurs choix ?
Conteste-t-il réellement la domination, ou souhaite-t-il simplement en changer les bénéficiaires ?
Ni serviteur du pouvoir ni tuteur du peuple
L’Algérie n’a pas besoin d’intellectuels fonctionnaires chargés d’habiller les décisions du régime d’un vocabulaire savant.
Elle n’a pas davantage besoin d’une avant-garde culturelle se considérant comme propriétaire exclusive du progrès.
L’intellectuel digne de ce nom ne sert pas aveuglément le pouvoir. Mais il ne demande pas non plus que le peuple se soumette à son programme.
Il interroge.
Il dévoile les contradictions.
Il défend ceux qui ne peuvent pas parler.
Il critique la société sans la mépriser et respecte le peuple sans idéaliser toutes ses pratiques.
Surtout, il accepte que la liberté produise des choix différents des siens.
Cette dernière exigence est probablement la plus difficile.
Beaucoup défendent la liberté tant qu’ils pensent qu’elle conduira les citoyens vers leurs propres convictions. Ils deviennent moins enthousiastes lorsqu’elle permet à d’autres de rester religieux, conservateurs, communautaires ou attachés à des traditions qu’ils désapprouvent.
Or, une liberté dont le résultat est fixé à l’avance n’est qu’un programme idéologique.
Le pluralisme n’est pas l’acceptation temporaire de la différence en attendant sa disparition.
Il est la reconnaissance durable du droit de l’autre à ne pas nous ressembler.
Le peuple n’est pas un élève permanent
Certains discours intellectuels présentent implicitement la société algérienne comme une population en retard.
Le peuple devrait apprendre.
Il devrait évoluer.
Il devrait abandonner certaines valeurs, adopter de nouveaux comportements, modifier son rapport à la religion et se conformer progressivement à une définition préétablie de la modernité.
L’intellectuel devient alors un professeur permanent et la société une classe d’élèves indisciplinés.
Cette vision est profondément antidémocratique.
Elle suppose que certains savent ce que doit devenir le pays, tandis que les autres seraient incapables de déterminer eux-mêmes leur avenir.
Elle transforme le débat politique en pédagogie autoritaire.
Lorsque le peuple résiste, on n’interroge pas la pertinence du projet. On accuse son ignorance, son conservatisme ou son aliénation.
Lorsqu’il refuse les solutions qu’on lui propose, on conclut qu’il n’est pas encore prêt pour la liberté.
Cette logique ressemble étrangement à celle du pouvoir qu’elle prétend combattre.
Le régime affirme souvent que le peuple n’est pas assez mûr pour décider.
Certaines élites affirment, elles, qu’il n’est pas assez éclairé pour choisir correctement.
Dans les deux cas, le citoyen est dépossédé de sa souveraineté.
La modernité ne peut pas être une copie
L’Algérie doit évoluer.
Ses institutions doivent être démocratisées. Son droit doit protéger davantage les libertés individuelles. Son école doit former des citoyens capables de penser et non seulement de répéter. Sa justice doit garantir l’égalité. Les femmes doivent disposer de tous leurs droits. Les langues et les cultures du pays doivent être reconnues.
Mais cette évolution ne peut pas être réduite à l’imitation d’un modèle extérieur.
La modernité n’appartient à aucune civilisation.
Elle ne réside ni dans une manière de s’habiller ni dans une relation déterminée à la religion. Elle ne se mesure pas au nombre de références occidentales mobilisées dans un discours.
Une société peut être technologiquement avancée et politiquement autoritaire.
Elle peut se dire laïque et demeurer profondément intolérante.
Elle peut valoriser la liberté dans ses textes tout en imposant des normes sociales extrêmement rigides.
La modernité véritable réside dans la capacité d’une société à organiser pacifiquement ses différences, à protéger les droits et à soumettre le pouvoir à la loi.
Elle ne consiste pas à remplacer les coutumes locales par les préférences culturelles d’une élite.
Protéger l’individu sans déclarer la guerre à la société
L’État algérien doit protéger la liberté de conscience, l’intégrité physique et l’égalité juridique.
Il doit empêcher qu’un citoyen soit violenté en raison de sa croyance, de son absence de croyance ou de son mode de vie.
Il doit garantir aux femmes une existence juridique pleine et entière, indépendante des injonctions familiales ou religieuses.
Il doit également cesser d’instrumentaliser la religion pour renforcer sa légitimité ou disqualifier ses opposants.
Mais protéger l’individu ne signifie pas déclarer la guerre à la société.
La religion, la famille, la langue et la mémoire collective ne sont pas seulement des obstacles dont l’être humain devrait être libéré. Elles peuvent aussi constituer des espaces de solidarité, de transmission, de sens et d’appartenance.
Le rôle du droit est de fixer la limite au-delà de laquelle la norme collective devient coercition.
Le rôle de l’intellectuel est d’aider la société à penser cette limite, non de lui dicter une identité de remplacement.
L’État doit empêcher les violences et les discriminations.
Il ne doit pas organiser la conversion culturelle du peuple.
La loi doit protéger la liberté.
Elle ne doit pas décider à la place des citoyens ce qu’ils doivent croire, aimer ou valoriser.
Le courage de critiquer son propre camp
L’intellectuel n’est véritablement libre que lorsqu’il accepte de critiquer son propre camp.
Il est facile pour un opposant de dénoncer le régime.
Il est plus difficile de reconnaître les erreurs de ceux qui partagent ses références, son milieu et son vocabulaire.
Il est facile pour un conservateur de dénoncer l’occidentalisation.
Il est plus difficile d’admettre que certaines pratiques traditionnelles produisent de l’injustice.
Il est facile pour un progressiste de condamner l’obscurantisme.
Il est plus difficile de reconnaître le mépris social et culturel qui peut habiter son propre discours.
L’honnêteté intellectuelle commence lorsque l’on refuse les indignations sélectives.
On ne peut pas dénoncer la censure du pouvoir et justifier l’exclusion sociale de ceux qui ne pensent pas comme nous.
On ne peut pas défendre la liberté religieuse à l’étranger et la réduire chez soi à une survivance archaïque.
On ne peut pas exiger le respect de la différence lorsque l’on est minoritaire, puis mépriser cette même différence lorsqu’elle s’exprime au sein de la majorité.
La cohérence est la première discipline de la pensée.
Une Algérie pluraliste plutôt qu’une Algérie corrigée
La véritable alternative n’oppose pas une Algérie religieuse à une Algérie antireligieuse.
Elle oppose une Algérie de la contrainte à une Algérie du pluralisme.
Dans la première, le pouvoir impose sa vérité et les groupes sociaux imposent leurs normes. L’individu doit se conformer ou se cacher.
Dans la seconde, les convictions peuvent s’affronter dans l’espace public, mais aucune ne peut priver les autres de leurs droits.
L’Algérie pluraliste reconnaît la place de l’islam sans obliger tous les citoyens à vivre leur foi de la même façon.
Elle reconnaît son héritage amazigh sans le réduire à un folklore décoratif.
Elle protège la langue arabe sans transformer la diversité linguistique en menace.
Elle permet à l’intellectuel de critiquer le peuple, mais refuse de lui donner le pouvoir de le remodeler sans son consentement.
Elle permet au conservateur de défendre ses valeurs sans les imposer par la force.
Elle permet au progressiste de contester les normes sans prétendre détenir le monopole de la raison.
Elle protège celui qui pratique comme celui qui ne pratique pas.
Elle ne demande pas au citoyen de choisir entre son identité et sa liberté.
La liberté n’a pas de résultat garanti
L’intellectuel n’est pas celui qui apporte au peuple une vérité que celui-ci serait incapable de découvrir.
Il est celui qui contribue à créer les conditions dans lesquelles chacun peut chercher librement la sienne.
L’oppression politique doit être combattue.
La coercition sociale doit être combattue.
Les lectures religieuses qui justifient la violence et la discrimination doivent être combattues.
Mais il faut également combattre cette troisième tentation : celle d’une minorité qui, persuadée d’avoir échappé à toutes les aliénations, voudrait imposer aux autres sa propre définition de la liberté.
Une société libre ne sera jamais exactement à la mesure de nos convictions.
Elle sera nécessairement plus contradictoire, plus diverse et parfois plus dérangeante que le monde ordonné dont rêvent les idéologues.
Elle produira des choix que nous approuverons et d’autres que nous désapprouverons.
Elle donnera la parole à ceux que nous estimons lucides comme à ceux que nous jugeons profondément dans l’erreur.
C’est précisément cela, la liberté.
Elle ne garantit pas la victoire de nos idées.
Elle garantit seulement que nous pourrons les défendre sans imposer leur adoption.
L’Algérie n’a pas besoin d’être corrigée par une nouvelle classe de tuteurs.
Elle a besoin d’institutions légitimes, d’une justice indépendante, d’une école émancipatrice, d’un espace public ouvert et d’un droit suffisamment solide pour protéger chacun contre l’État, contre la violence sociale et contre les ambitions de toutes les avant-gardes.
L’intellectuel peut proposer une vision.
Il peut dénoncer, alerter et convaincre.
Mais il ne peut pas exiger que la société entière devienne le reflet de ses propres certitudes.
Car une nation n’appartient ni au pouvoir ni à ceux qui prétendent penser mieux que le peuple.
Elle appartient à tous ses citoyens.
Et la démocratie commence précisément le jour où chacun accepte cette vérité.
Khaled Boulaziz
(1) https://www.facebook.com/reel/1375477181343421
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