Algérie : quand le pouvoir ressort l’épouvantail de la décennie noire

8 août 2026
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Islamistes contre laïques, menace de la fitna, spectre du chaos : à mesure que ressurgissent dans le débat public les fractures qui avaient précédé les années de sang, une question s’impose. Pourquoi maintenant ? Derrière cette résurrection des vieux antagonismes se dessine peut-être une inquiétude autrement plus contemporaine : celle d’un pouvoir qui n’a jamais oublié février 2019 et qui redoute qu’un jour, de nouveau, les Algériens cessent d’avoir peur.

Il y a, dans l’histoire politique algérienne, des mots dont la seule évocation suffit à faire remonter une époque entière à la surface. « Islamistes », « laïques », « fitna », « terrorisme », « décennie noire » : ils appartiennent à un lexique que l’on aurait pu croire usé par trente années de distance, mais qui conserve une puissance émotionnelle intacte parce qu’il ne renvoie pas seulement aux archives de la République. Il renvoie à la mémoire des familles, aux absents, aux assassinats, aux disparus, aux villages frappés dans la nuit, aux barrages que l’on redoutait de trouver au détour d’une route et à cette peur diffuse qui, pendant des années, avait transformé la tombée du jour en frontière.

C’est précisément pour cette raison que leur retour actuel à travers Louisa Hannoune, Said Sadi et Consorts, dans le débat public mérite d’être interrogé. Car les polémiques contemporaines finissent étrangement par ramener l’Algérie vers une opposition que l’on croyait historiquement épuisée : islamistes contre laïques, conservateurs contre progressistes, défenseurs supposés de l’identité nationale contre élites présentées comme étrangères aux valeurs de la société. Individuellement, chacune de ces controverses peut sembler circonstancielle. Ensemble, elles dessinent toutefois un paysage plus familier. Celui d’une société que l’on somme à nouveau de se répartir entre deux camps, comme si l’expérience des années 1990 n’avait laissé aucune autre leçon que celle de choisir son adversaire.

La question n’est donc peut-être pas de savoir pourquoi la décennie noire revient. Elle est de comprendre à quoi sert son retour.

Et, pour cela, il faut regarder moins vers 1992 que vers 2019.

Le souvenir que le système n’a pas effacé

Le Hirak avait fait surgir une situation que l’appareil politique algérien connaissait mal. Pendant des mois, des millions de citoyens avaient occupé l’espace public sans qu’aucune force politique ne parvienne réellement à s’approprier le mouvement. Des sensibilités profondément différentes s’étaient retrouvées dans les mêmes cortèges. Des conservateurs marchaient auprès de progressistes, des femmes voilées auprès de femmes qui ne l’étaient pas, des militants islamistes auprès de démocrates, des berbéristes auprès de nationalistes arabophones, des hommes et des femmes qui n’avaient parfois en commun ni la même conception de la société, ni le même rapport à la religion, ni la même histoire politique.

Ils avaient pourtant trouvé un langage commun.

« Silmiya », d’abord. La paix, élevée au rang de discipline collective.

« Khawa Khawa », ensuite. La fraternité, utilisée presque comme un antidote à l’ancienne mécanique de la discorde.

Ces deux slogans résumaient peut-être ce que le Hirak avait de plus déstabilisant pour le système. Il ne supprimait pas les divergences de la société algérienne, mais refusait qu’elles deviennent le principe organisateur de la confrontation politique. Il ne demandait pas aux Algériens de penser de la même manière. Il leur proposait, provisoirement au moins, de ne plus se laisser dresser les uns contre les autres.

Or, depuis la guerre intérieure des années 1990, la peur de la division constitue l’une des forces les plus puissantes de la politique algérienne. L’expérience de la décennie noire a laissé derrière elle une société qui sait jusqu’où une confrontation peut conduire lorsqu’elle transforme l’adversaire politique en ennemi existentiel. Le Hirak avait précisément retourné cette mémoire. Là où le traumatisme aurait pu produire la paralysie, il avait engendré une exigence presque obsessionnelle de pacifisme.

C’est cette transformation qui mérite aujourd’hui d’être rappelée.

Car le pouvoir lui-même avait tenté, dès les premiers jours du mouvement, de réactiver l’autre lecture possible de cette mémoire : non plus la décennie noire comme raison de refuser la violence, mais comme avertissement contre toute rupture.

Ouyahia et les roses de Syrie

La scène se déroule le 28 février 2019. Le mouvement vient à peine de commencer. Six jours plus tôt, des foules considérables ont défilé contre le cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika. Les manifestations sont massives mais pacifiques. Des images de citoyens offrant des fleurs aux policiers circulent et deviennent l’un des symboles de cette volonté de ne pas laisser la rue basculer dans l’affrontement.

Ahmed Ouyahia est alors premier ministre. Devant l’Assemblée populaire nationale, il reconnaît le caractère pacifique de la mobilisation, mais met immédiatement en garde contre ce qui pourrait en surgir. Il évoque les « manipulations », rappelle les événements de 1991 et finit par prononcer une phrase dont la brutalité symbolique dépasse largement sa formulation : en Syrie aussi, fait-il remarquer, les choses avaient commencé avec des roses.

Dans une seule comparaison, tout un imaginaire politique est convoqué.

La fleur offerte au policier cesse d’être le signe d’une manifestation pacifique pour devenir le commencement possible d’une guerre. Derrière la foule algérienne apparaissent les ruines syriennes. Derrière la revendication politique, le chaos. Derrière la rue, la guerre civile.

Ouyahia n’annonçait évidemment pas des massacres. Il faisait quelque chose de plus subtil et peut-être de plus efficace : il invitait chacun à les imaginer.

Quelques jours plus tard, Ahmed Gaïd Salah, alors chef d’état-major de l’armée, évoquait à son tour les « douloureuses années de braise » et mettait en garde contre ceux qui chercheraient à ramener le pays vers cette époque. Le message était désormais complet. D’un côté, la Syrie. De l’autre, la décennie noire. Entre les deux, le Hirak.

Ce précédent est essentiel, car il montre que l’utilisation politique du traumatisme des années 1990 n’est pas une construction théorique rétrospective. Lorsque le pouvoir s’est retrouvé confronté, en 2019, à la plus importante mobilisation populaire depuis des décennies, certains de ses plus hauts responsables ont publiquement convoqué le risque du chaos.

Le vieil épouvantail avait déjà été sorti.

La peur comme conservatrice de l’ordre

La puissance de cet épouvantail vient de ce qu’il n’est pas artificiel. Les Algériens n’ont nul besoin qu’on leur invente la décennie noire. Ils l’ont vécue ou en ont hérité la mémoire.

Il existe dans presque chaque ville, chaque quartier, chaque famille, une histoire attachée à ces années-là. Un policier assassiné. Un appelé du service national tué dans une embuscade. Un journaliste abattu. Un homme enlevé. Un voisin parti au maquis. Une personne arrêtée et jamais revue. Une famille chassée de son village. Un survivant qui ne raconte pas tout.

La guerre a pris tellement de formes qu’elle a produit des mémoires parfois incompatibles. Les crimes commis par des groupes islamistes armés sont une réalité historique. Les accusations de torture, de disparitions forcées, d’exécutions extrajudiciaires et de violations massives visant les forces de sécurité en sont une autre. Certaines affaires restent entourées de zones d’ombre, précisément parce que l’Algérie n’a jamais organisé un véritable processus permettant d’établir, dossier après dossier, les responsabilités de tous les acteurs.

La « réconciliation nationale » a permis de refermer la guerre. Elle n’a pas nécessairement refermé l’histoire.

C’est dans cet espace que prospère la peur.

Car lorsqu’un traumatisme n’a pas été complètement travaillé, il reste disponible pour le présent. Il suffit alors de suggérer qu’une transformation politique pourrait ouvrir de nouveau les portes du chaos pour modifier profondément les termes du débat.

Le citoyen n’est plus invité à choisir entre le maintien d’un système et son changement. Il est placé devant un autre choix, beaucoup plus terrifiant : l’ordre ou l’inconnu, la stabilité ou la guerre, le présent imparfait ou le retour possible des années de sang.

Le statu quo n’a même plus besoin d’être désirable. Il lui suffit d’être moins effrayant que ce que l’on place derrière lui.

Pourquoi ressusciter l’opposition entre islamistes et laïques ?

C’est à cette lumière qu’il faut regarder la réapparition des querelles idéologiques qui semblent ramener la société vers les catégories des années 1990.

La question n’est pas de nier l’existence de divergences réelles. La société algérienne est diverse, traversée par des conceptions contradictoires de la religion, de la place des femmes, des libertés individuelles, de l’identité ou du rapport à l’Occident. Ces débats existent et doivent pouvoir avoir lieu.

Mais il existe une différence entre débattre de ces sujets et transformer systématiquement chaque désaccord en affrontement existentiel entre deux Algérie irréconciliables.

C’est cette mécanique qu’il faut observer.

Une controverse commence parfois par une déclaration isolée. Elle est reprise sur les réseaux sociaux. Des comptes l’amplifient. Des influenceurs s’en emparent. Des médias la commentent. Très rapidement, le propos individuel devient le symptôme supposé d’un projet collectif. Un camp est appelé à se mobiliser contre l’autre. La nuance disparaît. L’adversaire devient une menace.

Puis revient, presque naturellement, la question de la décennie noire.

Voilà pourquoi l’hypothèse d’une intervention d’« officines », ces réseaux plus ou moins formels que l’imaginaire politique algérien associe au pouvoir profond, revient régulièrement dans les conversations. L’histoire du système est suffisamment marquée par les opérations d’influence, les manipulations de l’information et les luttes internes aux appareils pour que cette suspicion ne soit pas absurde.

Mais elle doit être traitée avec la discipline de l’enquête.

Il serait imprudent d’affirmer, sans documents ni témoignages solides, qu’un centre unique commande aujourd’hui toutes les polémiques entre islamistes et laïques. L’enjeu est ailleurs. Il consiste à suivre les trajectoires de ces controverses, à identifier ceux qui les lancent, ceux qui les amplifient, les réseaux qui leur donnent une visibilité disproportionnée et, surtout, les intérêts politiques qu’elles servent.

Car la bonne question n’est pas seulement : qui parle ?

Elle est aussi : à qui profite la discorde ?

Ce que février 2019 avait rendu possible

La réponse ramène encore une fois au Hirak.

Ce que le système avait devant lui en 2019 n’était pas une opposition classique. Ce n’était pas un parti que l’on pouvait interdire, une direction que l’on pouvait arrêter ou une organisation que l’on pouvait diviser par une négociation avec quelques dirigeants.

C’était une population momentanément rassemblée autour d’un diagnostic.

Le système devait changer.

Le reste pouvait attendre.

Cette simplicité constituait une force immense. Elle empêchait presque toutes les vieilles classifications de fonctionner. Il était impossible de présenter le mouvement comme islamiste lorsque des millions de citoyens qui ne l’étaient pas y participaient. Impossible de le réduire à une revendication laïque lorsque des conservateurs défilaient dans les mêmes cortèges. Impossible de le régionaliser lorsqu’Alger, Oran, Constantine, Béjaïa, Tizi Ouzou, Annaba et tant d’autres villes marchaient simultanément.

Le Hirak avait, pour un temps, supprimé la nécessité de choisir son camp avant de choisir son pays.

C’est peut-être cela qui demeure, aujourd’hui encore, son héritage le plus dangereux pour le système.

Parce qu’une population peut oublier un slogan. Elle oublie plus difficilement l’expérience physique d’avoir été des centaines de milliers dans la rue et d’avoir découvert que l’autre, celui que l’on lui présentait autrefois comme un adversaire, marchait à côté d’elle.

Faire peur avant que la peur ne change de camp

Si un nouveau mouvement de cette ampleur devait surgir, le pouvoir disposerait naturellement d’instruments institutionnels, policiers, judiciaires et médiatiques pour tenter de le contenir. Mais il existe une stratégie plus efficace encore : empêcher en amont que se constitue la confiance collective indispensable à une mobilisation massive.

Une société occupée à se demander si son voisin est islamiste, laïque, traître à l’identité nationale ou ennemi de la religion est une société qui peine à produire un « nous ».

Or le Hirak avait précisément produit ce « nous ».

Dès lors, réactiver les anciennes fractures peut avoir une fonction très concrète : briser la possibilité du consensus avant qu’il ne retrouve la rue.

La décennie noire devient alors le dernier étage de la construction.

On commence par rappeler les différences.

On les transforme en antagonismes.

Puis on rappelle ce qui s’est produit, autrefois, lorsque ces antagonismes sont devenus incontrôlables.

Le message n’a même pas besoin d’être formulé explicitement.

L’Algérien connaît la suite.

C’est là toute l’efficacité de l’épouvantail.

Une histoire trop longtemps enfermée

Cette utilisation politique de la mémoire serait beaucoup plus difficile si l’histoire des années 1990 avait pu être étudiée librement, contradictoirement et jusqu’au bout.

Or le récit national demeure profondément fragmenté.

Les familles de disparus continuent de porter leurs questions. Les responsabilités de certains massacres ou assassinats restent disputées. Les conditions de certaines opérations n’ont jamais été pleinement éclaircies. Les accusations visant les appareils sécuritaires restent au cœur d’une bataille mémorielle que la politique de réconciliation a davantage contenue que résolue.

Une mémoire verrouillée est plus facilement manipulable qu’une histoire établie.

Voilà pourquoi l’ouverture des archives ne constitue pas seulement une revendication d’historiens. Elle représente un enjeu politique contemporain.

Établir les faits permettrait de sortir progressivement les années 1990 du domaine de la peur pour les faire entrer dans celui de l’histoire.

Car une société qui sait précisément ce qui lui est arrivé devient plus difficile à gouverner par les fantômes.

Le mauvais spectre

Il y a finalement un paradoxe.

Pendant des années, on a présenté le retour de la décennie noire comme le danger ultime qui guetterait l’Algérie si elle s’aventurait trop loin sur le chemin de la rupture politique.

Mais le Hirak avait démontré exactement le contraire.

Des millions de personnes avaient occupé la rue sans reproduire 1992.

Elles avaient manifesté sans prendre les armes.

Elles avaient contesté le système sans transformer leurs différences idéologiques en guerre civile.

Elles avaient répondu à la peur par « Silmiya » et à la division par « Khawa Khawa ».

Même lorsque Ahmed Ouyahia avait évoqué les roses de Syrie, elles étaient revenues manifester.

Même lorsque les « années de braise » avaient été rappelées, les cortèges avaient continué.

Le chantage au chaos n’avait pas suffi.

C’est peut-être là que se trouve la question essentielle.

Et si le véritable spectre qui hante aujourd’hui le système n’était pas celui de 1992 ?

Et si celui que l’on redoutait réellement était février 2019 ?

La décennie noire rappelle aux Algériens ce qu’ils peuvent perdre lorsqu’ils se divisent.

Le Hirak leur a montré ce qu’ils peuvent devenir lorsqu’ils refusent cette division.

Entre ces deux mémoires se joue peut-être une partie essentielle de l’avenir politique du pays.

D’un côté, la peur.

De l’autre, le souvenir d’avoir cessé d’avoir peur.

Et c’est précisément lorsque ce second souvenir menace de revenir que le premier devient, pour certains, si utile à réveiller.

Un pays désormais sous les yeux du monde

Il y a cependant une différence majeure entre l’Algérie des années 1990 et celle d’aujourd’hui. À l’époque de la décennie noire, la diaspora était moins nombreuse, moins organisée et surtout beaucoup moins connectée au pays en temps réel. Internet n’avait pas encore aboli les distances, les réseaux sociaux n’existaient pas et une information pouvait mettre des jours, parfois davantage, avant de franchir les frontières. Des événements pouvaient être enfermés dans le silence, noyés dans des versions contradictoires ou disparaître derrière le brouillard d’une guerre où chacun contrôlait sa part du récit.

Ce monde-là n’existe plus.

Aujourd’hui, un téléphone suffit. Une arrestation, une violence, une provocation, une image ou un témoignage peuvent être filmés, copiés, archivés et diffusés en quelques minutes. Une vidéo enregistrée à Alger peut être regardée presque immédiatement à Paris, Montréal, Londres, Bruxelles ou Washington. La diaspora n’est plus un public lointain. Elle constitue un prolongement permanent de la société algérienne, connecté heure par heure à ce qui se passe dans le pays et capable de relayer une information bien au-delà des frontières nationales.

Cela ne garantit évidemment ni la vérité ni la justice. Les réseaux sociaux produisent aussi leurs rumeurs, leurs manipulations et leurs faux récits. Mais ils ont profondément modifié le rapport au secret. Il est désormais beaucoup plus difficile de faire disparaître une image, d’isoler un témoignage ou d’imposer durablement une version unique d’un événement lorsque des milliers de téléphones enregistrent simultanément la réalité.

C’est ce que devraient méditer ceux qui, dans les zones obscures du système, seraient tentés de croire que les recettes d’hier peuvent encore fonctionner de la même manière.

La décennie noire s’est déroulée dans un pays relativement fermé sur lui-même, au milieu d’une guerre de récits dont une grande partie échappait au regard extérieur. Une répétition de ces mécanismes dans l’Algérie d’aujourd’hui rencontrerait une société autrement équipée pour documenter, conserver et transmettre ce qu’elle voit. Chaque abus laisserait potentiellement une trace. Chaque opération opaque pourrait susciter des dizaines de témoignages. Chaque tentative d’instrumentaliser la peur serait immédiatement disséquée, commentée et confrontée à d’autres versions.

Les officines de l’ombre, si elles existent encore sous les formes que l’histoire algérienne leur a connues, doivent désormais compter avec cette nouvelle réalité.

On ne gouverne plus le secret comme en 1994.

On ne contrôle plus une image comme en 1996.

On ne confisque plus un récit comme en 1998.

La société algérienne a changé. Sa diaspora aussi. Sa mémoire est devenue numérique. Ses archives ne se trouvent plus seulement dans les administrations ou dans les dossiers que l’on peut fermer. Elles sont dispersées dans des millions de téléphones, de comptes, de serveurs et de mémoires individuelles.

Ce constat devrait valoir comme avertissement à ceux qui seraient tentés de rejouer les vieux scénarios de la peur, de la division ou de la provocation.

L’Algérie a déjà payé un prix immense aux années de sang. Personne ne devrait imaginer pouvoir remettre en circulation leurs méthodes, leurs réflexes ou leurs mécanismes sans que le pays, sa jeunesse et sa diaspora n’en deviennent immédiatement les témoins.

Car la grande différence avec les années 1990 est peut-être finalement celle-ci : autrefois, beaucoup de choses pouvaient se produire dans l’ombre.

Aujourd’hui, l’ombre elle-même est devenue plus difficile à préserver.

Khaled Boulaziz

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