Les relais des Mollahs d’Iran réservent leurs coups les plus meurtriers aux musulmans.

20 octobre 2026
8 min de lecture|1 411 mots

Riyad, 10 octobre 2026 : le vrai visage de l’« axe de la résistance »

Ils portaient l’ihram, le simple vêtement blanc du pèlerin. Ils attendaient, au terminal de l’aéroport King Khalid de Riyad, le vol qui devait les conduire vers La Mecque. Au moins 12 personnes ont été tuées et 309 blessées dans cette attaque du samedi 10 octobre, la plus meurtrière en plus de dix ans dans le royaume, selon les autorités saoudiennes, qui accusent les Houthis du Yémen. Les images de l’explosion qui a dévasté le hall des départs montrent de nombreux passagers vêtus de l’habit des pèlerins en route vers La Mecque. Parmi les morts figure un savant religieux bangladais, Nasrullah Al-Badr, tué alors qu’il partait accomplir la Omra, drapé dans son ihram.

Ce n’était pas un accident isolé. Les rebelles avaient déjà revendiqué, le mercredi et le jeudi précédents, des frappes contre le même aéroport, qui avaient fait six morts — parmi eux le commandant Hamoud Ali Alkalthami, pilote de la compagnie nationale Saudia. Au total, les frappes contre les aéroports saoudiens ont tué au moins 20 personnes et en ont blessé des centaines. Les morts venaient d’Arabie saoudite, du Bangladesh, d’Égypte, de Syrie, de Palestine, du Soudan, de Jordanie : des musulmans, des travailleurs, des familles.

Et la liste ne s’arrête pas là. Le 19 octobre, au Yémen même, la milice a tiré trois missiles balistiques sur le camp militaire d’Al-Alam, dans le gouvernorat de Chabwa, pendant un exercice d’entraînement de nouvelles recrues ; les autorités locales font état de 53 morts et 200 blessés.

Mettons maintenant ce bilan en regard des frappes que les Houthis lancent, à grand renfort de slogans, contre Israël — l’ennemi qu’ils prétendent combattre au nom de la Palestine. Lorsqu’ils sont entrés dans la guerre le 28 mars 2026, leur missile balistique tiré vers Israël a été intercepté et aucune victime n’a été signalée. Le 2 avril, un autre missile a été intercepté ; le 4 avril, un projectile tiré du Yémen est tombé en zone inhabitée, sans faire de blessés ni de dégâts. D’un côté, des tirs spectaculaires contre Israël qui se perdent dans le ciel ou dans le désert ; de l’autre, des missiles qui atteignent leur cible au cœur d’une capitale arabe et fauchent des pèlerins en route vers les Lieux saints de l’islam.

Ce contraste dit tout. La « résistance » brandie par les relais de Téhéran ne tue pas l’ennemi qu’elle désigne : elle tue des musulmans. Les dirigeants religieux musulmans qui ont condamné ces frappes y ont vu une menace directe contre la sécurité des Deux Saintes Mosquées et contre celle des pèlerins. Le président turc Recep Tayyip Erdogan lui-même a souligné que l’attaque contre l’aéroport de Riyad avait coûté la vie à des pèlerins de la Omra et à de nombreux autres musulmans.

Ces faits s’inscrivent dans une séquence plus large — la mort du Guide suprême Ali Khamenei sous les frappes américano-israéliennes du 28 février, l’embrasement entre Téhéran, Washington et Tel-Aviv, l’effondrement des dernières positions iraniennes en Syrie. Ils révèlent, avec une clarté plus brutale encore qu’au lendemain de la chute d’Assad, la nature profonde des mollahs d’Iran : un régime qui, tel un parasite idéologique, instille sa logique de domination dans les sociétés arabes. Derrière les slogans religieux se dissimule une ambition impériale anachronique, tentaculaire et méthodique. Cette contribution entend en mettre à nu les mécanismes.

Le Yémen : de la guerre par procuration au terrorisme contre les Lieux saints

Au Yémen, les mollahs ont trouvé le théâtre idéal de leurs guerres par procuration. En armant les Houthis, ils ont transformé un conflit local en conflagration régionale, plongeant le pays dans une famine qui n’a jamais vraiment reculé.

En 2026, ce théâtre est devenu la pièce maîtresse du dispositif iranien. La milice a achevé sa prise de contrôle de la région de Bab el-Mandeb en reprenant l’île de Périm, ouvrant un nouveau front de la guerre iranienne, et s’est emparée de l’ensemble du littoral yéménite de la mer Rouge. Dès le 20 juillet, elle avait décrété un blocus contre les ports et navires saoudiens. Son arsenal, bâti sur le savoir-faire et les livraisons iraniennes, ne relève plus du simple transfert d’armes mais d’un transfert de capacité industrielle. Les frappes d’octobre contre Riyad marquent l’aboutissement logique de cette trajectoire : le réseau iranien, loin de se disloquer avec l’affaiblissement du Hezbollah, se recompose ailleurs — et frappe désormais les voyageurs de la foi.

La Révolution iranienne : la foi confisquée

En 1979, la Révolution iranienne emporta la monarchie du Shah sur une vague de promesses — justice, dignité, souveraineté populaire. Le réveil fut brutal. Sous Khomeini, le pays glissa vers une théocratie totalitaire, où le clergé chiite s’arrogea le monopole du pouvoir et de la vérité. Les libertés furent étouffées, les opposants exécutés, les femmes ravalées au rang de citoyennes de seconde zone. Quarante-sept ans plus tard, la mort du Guide suprême sous les bombes n’a pas mis fin à ce système — elle en a décapité la tête sans toucher au corps.

L’exportation du « chiisme noir »

L’expression, empruntée à Ali Shariati, désigne cette version obscurantiste de la foi chiite érigée en doctrine d’État : un islam de soumission. Khamenei en fut l’incarnation jusqu’à sa mort ; ses adversaires étaient les « partisans de Yazid », chaque conflit politique devenant guerre sainte. Sa disparition n’a rien emporté : la doctrine continue de dicter la conduite de l’appareil — comme le montrent les missiles tombés sur Riyad.

L’Irak : le laboratoire du désastre

Après 2003, Téhéran s’engouffra dans le vide irakien. L’Organisation Badr, Asa’ib Ahl al-Haq et d’autres semèrent la terreur contre les sunnites, ouvrant la voie à l’État islamique — Téhéran engendrant les ennemis qu’il prétend combattre. En 2026, Bagdad avance un texte qui pérenniserait le statut des Forces de mobilisation populaire hors de tout contrôle réel de l’État. Washington exige leur désarmement d’ici au 30 septembre 2026, échéance que personne ne s’attendait à voir tenue.

La Syrie : un peuple sacrifié

Les Gardiens de la Révolution et le Hezbollah ont écrasé dans le sang le soulèvement de 2011. Assad a fini par tomber et par fuir à Moscou ; Téhéran y a perdu sa base méditerranéenne, son corridor vers le Liban et des dizaines de milliards de dollars. Le pouvoir de transition d’Ahmed al-Sharaa pose désormais ses conditions. L’intervention des mollahs n’a pas sauvé la Syrie — elle l’a martyrisée, puis abandonnée.

Le Hezbollah, un couteau dans le dos du Liban

Affaibli par les offensives israéliennes, le Hezbollah n’est pas dissous. Le désarmement annoncé reste largement une mise en scène, et Naïm Qassem répète qu’aucun projet de désarmement ne passera. Le Liban demeure sous la coupe d’un parti-État qui parle au nom de Dieu mais agit pour les mollahs.

Un impérialisme sous le voile du sacré

Sous le vernis théologique, une logique impériale pure : la milice à la place de la diplomatie, la peur à la place de la foi. La décapitation du régime n’a pas arrêté le réseau, elle l’a redistribué. Et ce réseau, qui se dit gardien de la cause palestinienne, réserve ses coups les plus meurtriers non à Israël, mais aux Arabes et aux musulmans — jusqu’aux pèlerins en route vers La Mecque.

Démasquer l’imposture

L’Iran des mollahs n’est ni le phare des opprimés ni la voix de l’islam révolutionnaire. Alors même qu’il brûle sous les frappes qu’il a provoquées, ses relais poursuivent, du Yémen à l’Irak, la même entreprise de prédation. Le monde arabe doit cesser de subir cette tutelle et renouer avec ses propres idéaux — justice, dignité, souveraineté. Tant que les turbans de Qom dicteront la guerre au nom de Dieu, la région demeurera enchaînée.

Le jour où ces voix se tairont, l’islam redeviendra ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : une foi de justice, non un instrument d’oppression.

Khaled Boulaziz

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