Alger vote l’enterrement de Gaza : La révolution se suicide d’une balle américaine

Dans la salle feutrée du Conseil de sécurité, treize drapeaux se sont levés comme des couteaux. Treize voix ont dit oui à la proposition américaine sur Gaza. Et parmi elles, la main algérienne, ridée, tachée par l’âge, mais toujours assez ferme pour poignarder dans le dos un peuple en train de brûler vif.

C’est fait.
L’Algérie officielle, celle des généraux octogénaires qui se prennent encore pour les héritiers de Novembre, vient d’enterrer la dernière illusion arabe. Elle a voté OUI à la mise sous tutelle de Gaza, OUI au désarmement de la résistance, OUI à l’amputation politique d’un territoire qui saigne depuis soixante-dix-sept ans. Treize voix, et l’une d’elles parlait arabe avec l’accent d’Oran.

Le Hamas avait supplié. Pas avec des fleurs, pas avec des discours : avec la voix rauque de ceux qui vivent sous les bombes. « Ne faites pas ça. Ce texte n’est pas un cessez-le-feu, c’est un acte de capitulation déguisé. » Réponse du Quai d’Oran : un haussement d’épaules gériatrique et un vote positif. Ahmed Attaf, ministre des Affaires étrangères, a même eu l’indécence d’organiser une conférence de presse avant le vote pour expliquer que, malgré « certaines lacunes », il fallait « saisir l’occasion ». Traduction : on préfère un cessez-le-feu en carton à une guerre qui nous rappellerait trop qui nous étions.

Dans les ruines de Jabalia, on a d’abord cru à une erreur de transmission. Puis à une manipulation sioniste. Puis à une intox. Et enfin, quand l’AFP a confirmé, on a pleuré de rage. Pas de tristesse : de rage pure, animale, celle qui fait qu’on casse des pierres à mains nues. Un cadre du Hamas, cité par Israel Hayom (oui, même l’ennemi se délecte), a lâché la phrase qui tue : « Le pays qui nous a abandonnés le 7 octobre ne se lèvera pas aujourd’hui pour défendre ce qui reste de notre dignité. » Sous-entendu : l’Algérie est morte le jour où elle a choisi la retraite dorée plutôt que la fraternité des fusils.

Et pourtant, il y a encore six mois, Tebboune jurait devant les caméras qu’« il n’y aura jamais de normalisation tant que Gaza sera sous le feu ». Il y a un an, les stades algériens hurlaient « Palestine vaincra » en faisant trembler les gradins. Aujourd’hui, le même régime envoie ses diplomates voter un texte qui légitime l’idée qu’on peut désarmer un peuple occupé sans lui rendre sa terre. C’est-à-dire : on peut violer une femme tant qu’on lui promet ensuite des pansements.

Le MSP, principal parti islamiste algérien, a parlé de « trahison historique ». Les Frères musulmans égyptiens ont publié un communiqué glacial. Les Houthis ont traité Alger de « régime apostat ». Sur les réseaux algériens, les insultes pleuvent : « harkis de Gaza », « collabos en képi », « vieux débris vendus aux Américains ». Dans les cafés d’Alger, on ne parle plus que de ça. Un vieil moudjahid de 92 ans a brûlé sa médaille de la guerre de libération devant la caméra d’un téléphone. Il a dit : « Je préfère qu’elle fonde plutôt qu’elle reste sur la poitrine de ceux qui ont voté oui aujourd’hui. »

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : une caste militaire à bout de souffle, terrifiée à l’idée de mourir sans avoir sécurisé ses comptes en Suisse et ses villas à Paris, a décidé que la Palestine était un fardeau trop lourd. Trop bruyant. Trop jeune. Trop vivante. Ils ont regardé les images des enfants déchiquetés et se sont dit : « Mieux vaut un Gaza pacifié et désarmé qu’un Gaza en feu qui nous rappelle qu’on a été des hommes, autrefois. »

Le calcul est sordide mais limpide. Les États-Unis ont fait comprendre que le gaz algérien serait plus cher à vendre si Alger jouait encore les Che Guevara de salon. L’Égypte a murmuré que la frontière avec la Libye pourrait devenir plus poreuse. La France a promis des contrats d’armement. Et les vieux généraux, qui pissent dans des couches depuis dix ans mais dirigent encore le pays comme une caserne, ont dit : « Marché conclu. »

Alors ils ont vendu Gaza. Pas pour trente deniers : pour un strapontin au G20 énergétique et quelques applaudissements polis à Washington. Ils ont vendu Gaza comme on vend une vieille voiture d’occasion : en minimisant les « lacunes » et en jurant que « ça roule encore ».

Mais l’Histoire ne pardonne pas. Elle a la mémoire longue et les dents acérées. Elle se souvient que l’Algérie a été le phare des damnés de la terre. Que Fanon y a écrit. Que Mandela y a été formé. Que le FLN y a accueilli les combattants du Fatah en 1964. Que Ben Bella pleurait en embrassant Yasser Arafat. Tout ça pour en arriver là : un vote qui sent la naphtaline et la peur de vieillards qui préfèrent l’odeur du formol à celle de la poudre.

Le peuple algérien, lui, n’a pas voté oui. Il n’a pas été consulté. Il hurle dans la rue, il brûle des pneus, il traite le pouvoir de tous les noms. Parce qu’il sait que ce vote n’est pas seulement une trahison de la Palestine : c’est une trahison de soi. Quand on accepte qu’un peuple occupé soit désarmé sans récupérer sa terre, on accepte que l’Algérie de 1954 aurait dû rendre les armes en 1956 contre la promesse d’un cessez-le-feu et d’un peu d’aide humanitaire.

Alors oui, les généraux ont gagné une journée de calme. Ils ont gagné un sourire de Trump et une tape dans le dos de Rubio. Mais ils ont perdu l’âme d’un peuple. Et quand viendra l’heure des comptes (et elle viendra, elle vient toujours), ils découvriront que les fantômes de Gaza ne dorment jamais. Que les enfants morts sous les bombes phosphore ont des voix qui portent loin. Que le sang palestinien coule aussi dans les veines algériennes.

Ce 21 novembre 2025, l’Algérie officielle est morte en direct à la télévision du monde.
Ce qui reste, c’est la colère.
Et la colère, en terre d’islam et de révolution, a toujours fini par exploser.

Comptez vos jours, messieurs les maréchaux.
Ils sont désormais comptés.

Khaled Boulaziz