Ben-Gvir : nous devrions procéder de 30 à 40 assassinats ciblés par nuit

18 août 2026
7 min de lecture|1 206 mots

Le projet d’épuration ethnique de Ben-Gvir, ou le génocide en pleine lumière

Les mots ne sont pas neutres. Ceux qu’Itamar Ben-Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale, a lâchés dans un podcast récent, frappent comme un coup de poing : « Je pense que nous devrions procéder à 30 à 40 assassinats ciblés par nuit. Pas seulement ceux qui représentent une menace immédiate. Il y a des gens là-bas qui ne méritent pas de vivre… Ce ne sont même pas des êtres humains. » Ces phrases, reprises par Al Jazeera et le Financial Times, ne sont pas un simple dérapage. Elles sont la vomissure brute, assumée, d’une logique génocidaire qui, depuis des mois, éventre Gaza sous les yeux d’une communauté internationale lâche, complice ou les deux.

Ce ministre d’extrême droite, membre du gouvernement criminel de Benyamin Netanyahu, ne se contente pas d’appeler à la mort d’innocents. Il théorise, avec une sérénité glaciale, l’effacement d’un peuple. « Tout Gaza nous appartient », a-t-il ajouté, réclamant la colonisation de l’enclave et l’expulsion forcée de ses habitants. Ce projet porte un nom en droit international : épuration ethnique, et quand il s’accompagne de massacres de masse – génocide. Ce n’est plus un secret honteux chuchoté dans les couloirs de la Knesset. C’est crié publiquement, revendiqué, affiché avec orgueil.

Une idéologie de la haine pure

Ben-Gvir n’est pas un électron libre. Il est le fils putride du kahanisme, une mouvance extrémiste longtemps jugée infréquentable. Sa place au gouvernement n’est pas un accident : elle est le symptôme putréfié d’une société israélienne en pleine dérive fasciste, et d’une classe politique qui bave sur les ruines de la morale. En offrant ce poste à ce dangereux fanatique, Netanyahu a légitimé la haine et transformé l’État en machine à tuer.

L’idéologie de Ben-Gvir est d’une simplicité répugnante : les Palestiniens, en tant que peuple, n’ont ni droit historique ni droit moral sur cette terre. Ils sont, au mieux, une vermine ; au pire, une sous-humanité à éliminer ou à déporter. Cette rhétorique déshumanisante est le manuel du génocidaire. Elle prépare les esprits, justifie l’innommable, et fait du massacre un acte de « défense nationale ». Quand un ministre réclame 30 à 40 morts par nuit, sans distinction de menace, il ne parle pas de sécurité – il parle d’extermination méthodique.

Gaza, l’abattoir à ciel ouvert

Les chiffres donnent le vertige : plus de 73 000 morts à Gaza depuis octobre 2023, selon les autorités sanitaires locales. Des familles entières rayées des registres, des hôpitaux en flammes, des écoles devenues des charniers. La faim, la soif, les épidémies : des armes de guerre sciemment utilisées. Des enfants meurent de malnutrition, des amputations se font sans anesthésie, des secouristes sont abattus en mission. Et les appels au cessez-le-feu se brisent contre le veto des puissances ou leur indifférence criminelle.

Des experts de l’ONU ont parlé de « génocide en cours », de « crimes contre l’humanité », de « famine délibérée ». Mais les mots s’écrasent contre l’inertie des États. Car Gaza n’est pas qu’une tragédie humanitaire : c’est l’effondrement de l’ordre juridique international, la preuve que Nuremberg et le Rwanda n’ont servi à rien.

Ben-Gvir n’est que la partie émergée de cet abîme. Derrière lui, une armée, une diplomatie, une propagande qui rendent l’horreur banale. Des frappes qui rasent des quartiers pour « des tunnels ». Des ordres d’évacuation impossibles. Des entraves systématiques à l’aide humanitaire. La Cour pénale internationale a osé viser Netanyahu et son ex-ministre de la Défense – mais les capitales occidentales ont répondu par des atermoiements honteux, des contestations, des conditions.

Les bombes qui déchiquettent Gaza sont made in USA, Allemagne, Italie. Les avions sont ravitaillés, entretenus, parfois pilotés avec la bénédiction des « démocraties » amies d’Israël. Cette complicité matérielle n’est pas un détail : elle transforme les discours compassionnels en comédie macabre. On ne pleure pas les victimes tout en signant des contrats d’armement avec leurs bourreaux.

Osons nommer les choses : le sionisme est une idéologie criminelle qui nie l’humanité de l’autre. Ben-Gvir, les colons de Cisjordanie, les ministres assoiffés d’annexion et d’expulsion : ce n’est pas une dérive marginale, c’est le moteur idéologique d’une politique d’anéantissement. Un seul peuple a droit à la terre, les autres doivent disparaître. Ce postulat est celui de tous les génocides.

Les déclarations de Ben-Gvir ne sont pas une anomalie. Elles sont la traduction politique d’une réalité militaire. Les tueries nocturnes qu’il réclame existent déjà : frappes sur des zones bondées, assassinats ciblés élargis aux civils, refus d’acheminer l’aide. Ce qu’il propose, c’est l’escalade, la systématisation, la quotidienneté du massacre. Il ne s’agit plus de détruire le Hamas – objectif de sécurité discutable – mais de raser la population de Gaza en tant que telle.

Les enfants sont les premières cibles. Des milliers de corps mutilés, des orphelins par dizaines de milliers, des générations sacrifiées. L’Unicef et l’OMS alertent sur une famine catastrophique. Les médecins revenus de Gaza racontent des nourrissons blessés par balle, des snipers visant des adolescents, des familles brûlées vives. Quand un ministre déclare que ces gens « ne sont même pas des êtres humains », cela résonne comme un arrêt de mort. C’est la négation de l’enfance, de l’innocence, de l’humanité.

La communauté internationale, et d’abord les États-Unis et l’Europe, porte un poids écrasant. En armant Israël, en fournissant bombes et avions, en bloquant toute résolution contraignante à l’ONU, ces gouvernements se font les complices objectifs d’une entreprise criminelle. Les belles paroles sur le droit humanitaire ne pèsent rien face aux livraisons d’armes. Les dirigeants occidentaux qui condamnent Ben-Gvir du bout des lèvres tout en alimentant son arsenal pratiquent un double langage indigne, une hypocrisie meurtrière.

Nommons l’horreur : ce qui se joue à Gaza est un projet d’anéantissement, porté par une idéologie suprémaciste. Ben-Gvir, Smotrich, Netanyahu et leurs acolytes ne sont pas seulement des criminels de guerre – ils sont les ennemis de l’humanité, des fossoyeurs de la civilisation. Les juger un jour, devant la CPI ou un tribunal ad hoc, n’est pas une option : c’est une obligation, un devoir sacré.

La mémoire des victimes l’exige. Les survivants le crient. L’honneur des démocraties en dépend. Assez de détournements, d’équilibres diplomatiques, de calculs cyniques. Il est temps de sanctionner, d’isoler, de poursuivre. Sinon, nous serons tous – chaque silence, chaque bombe livrée, chaque veto – les complices d’un génocide qui brûle la conscience du monde.

Khaled Boulaziz

Partager cet article

FacebookWhatsAppX / Twitter