Européens, combien de massacres faudra-t-il encore pour qualifier les FSR de terroristes ?

23 juillet 2026
8 min de lecture|1 458 mots

Tribune — À l’attention des dirigeants de l’Union européenne

Mesdames et Messieurs les dirigeants de l’Union européenne,

FSR : ce que l’Europe sait déjà du Soudan

Au Soudan, les morts s’accumulent pendant que vous pesez vos mots.

Le Parlement européen vous a demandé d’inscrire les Forces de soutien rapide (FSR) sur la liste européenne des organisations terroristes. Pourtant, malgré les massacres, les viols, les persécutions ethniques et les déplacements forcés documentés au Darfour et au Kordofan, plusieurs gouvernements européens hésitent encore.

Cette hésitation n’est plus une précaution diplomatique. Elle devient une faute politique et morale.

Vous connaissez la nature des FSR. Vous connaissez leur histoire. Vous connaissez leurs méthodes. Vous connaissez également le nom de leur chef, Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti », ainsi que les réseaux économiques et militaires qui permettent à son organisation de poursuivre la guerre.

Que vous faut-il donc de plus ?

Vous ne pouvez plus prétendre ne pas savoir

Les FSR ne sont pas apparues en avril 2023. Elles sont les héritières directes des milices janjawid qui ont semé la terreur au Darfour au début du siècle.

Leurs méthodes n’ont pas fondamentalement changé : attaques contre les populations civiles, villages incendiés, pillages, violences sexuelles, persécutions ethniques et utilisation de la faim comme arme de guerre.

À El-Fasher, Amnesty International a conclu que les FSR avaient commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Une mission internationale mandatée par les Nations unies a estimé que certaines exactions portaient les caractéristiques d’un génocide contre les communautés non arabes.

À El-Obeid, près de 500 000 civils sont désormais menacés par la progression paramilitaire. Vos propres institutions avertissent que cette ville ne doit pas devenir « un autre El-Fasher ».

Tout est donc connu. Tout est documenté. Tout est annoncé.

Si un nouveau massacre se produit, personne à Bruxelles, Paris, Berlin ou Rome ne pourra prétendre avoir été surpris.

Le terrorisme ne peut pas dépendre de la nationalité des victimes

Vous avez construit une partie de votre politique extérieure autour de la lutte contre le terrorisme. Vous avez adopté des listes, gelé des avoirs, interdit des déplacements et poursuivi les circuits de financement d’organisations armées.

Pourquoi cette détermination disparaît-elle lorsque les victimes sont soudanaises ?

Que faut-il appeler terrorisme, sinon l’organisation systématique de la terreur contre des populations civiles afin de conquérir et de contrôler un territoire ?

Lorsqu’une milice massacre, viole, pille et persécute des communautés en raison de leur identité, la prudence lexicale devient une forme de complaisance. Le terrorisme ne cesse pas d’être du terrorisme parce que ses auteurs ne se réclament pas d’une idéologie djihadiste. Il ne cesse pas davantage de l’être parce que ses victimes sont africaines.

En refusant de désigner les FSR comme organisation terroriste, vous instaurez de fait une hiérarchie des crimes et des victimes.

Ce qui serait immédiatement qualifié de terrorisme ailleurs devient au Soudan une simple « violation du droit humanitaire » commise par une « partie au conflit ».

Les mots ont ici une fonction politique : ils déterminent les sanctions, isolent les responsables et signalent aux soutiens extérieurs que leur concours aura un coût. Refuser le mot, c’est aussi refuser une partie des conséquences qu’il impose.

Quels intérêts protégez-vous ?

Votre hésitation serait plus compréhensible si les faits restaient incertains. Ce n’est pas le cas.

Elle serait plus défendable si les démarches diplomatiques avaient permis d’arrêter les massacres. Ce n’est pas le cas non plus.

Depuis avril 2023, les médiations se succèdent, les cessez-le-feu sont annoncés puis violés, et les communiqués européens expriment inlassablement la même « profonde préoccupation ». Pendant ce temps, les FSR consolident leurs ressources, développent leurs alliances et poursuivent leur entreprise militaire.

Votre réticence conduit donc inévitablement à une question : quels intérêts cherchez-vous à préserver ?

Les Émirats arabes unis sont régulièrement accusés par des experts, des organisations de défense des droits humains et des enquêtes internationales de soutenir les FSR — ce qu’Abou Dhabi conteste. Le Parlement européen a lui-même demandé des sanctions contre des facilitateurs extérieurs et cité une société installée aux Émirats pour violation de l’embargo des Nations unies sur les armes au Darfour.

Désigner les FSR comme organisation terroriste obligerait à examiner sérieusement leurs soutiens, leurs fournisseurs, leurs intermédiaires financiers et les circuits par lesquels l’or soudanais est transformé en armes.

Une telle décision rendrait aussi plus coûteuse la complaisance envers ceux qui contribuent à maintenir la machine de guerre de Hemedti.

Or les Émirats sont, pour plusieurs États européens, un partenaire commercial, énergétique, financier et stratégique majeur.

Est-ce la véritable raison de votre prudence ?

Si tel est le cas, dites-le ouvertement : reconnaissez que la protection des civils soudanais pèse moins lourd que vos contrats, vos investissements et vos alliances.

La diplomatie ne peut servir d’alibi

Certains d’entre vous soutiennent qu’une désignation terroriste fermerait les canaux de négociation et compliquerait la recherche d’une solution politique.

Mais quelle paix ces canaux ont-ils produite ?

Combien de vies ont été sauvées par les précautions diplomatiques prises envers Hemedti et son organisation ? Combien de villages ont été épargnés ? Combien de corridors humanitaires durables ont été obtenus ?

Négocier n’interdit pas de sanctionner. Dialoguer n’oblige pas à blanchir. Chercher une issue politique ne signifie pas traiter de la même manière les victimes et ceux qui ont fait de la terreur une méthode de gouvernement.

Il ne s’agit pas davantage d’accorder un blanc-seing aux Forces armées soudanaises. L’armée du général Abdel Fattah Al-Bourhane et ses alliés doivent eux aussi répondre de chaque attaque contre les civils et de chaque violation du droit international.

Les crimes d’un camp n’annulent cependant jamais ceux de l’autre. L’exigence d’impartialité ne doit pas devenir un prétexte à la paralysie.

Vous financez les secours, mais ménagez les responsables

Vous rappelez, à juste titre, que l’Union européenne et ses États membres figurent parmi les principaux bailleurs humanitaires du Soudan.

Cette aide sauve des vies et doit être renforcée.

Mais votre politique contient une contradiction devenue insoutenable : vous financez les camps de déplacés sans exercer toute la pression disponible sur ceux qui remplissent ces camps. Vous nourrissez les survivants tout en hésitant à isoler complètement leurs bourreaux.

Vous traitez les conséquences de la guerre tout en ménageant ses circuits d’alimentation.

L’interdiction européenne frappant l’achat et l’importation de l’or soudanais constitue une mesure importante. Elle montre que vous connaissez le rôle des ressources aurifères dans le financement du conflit.

Allez donc jusqu’au bout de cette logique.

Frappez les réseaux commerciaux et financiers des FSR. Sanctionnez leurs soutiens extérieurs lorsque leur responsabilité est établie. Exigez la transparence sur les livraisons d’armes. Soutenez les procédures internationales visant les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Et inscrivez les FSR sur la liste européenne des organisations terroristes.

L’histoire retiendra votre choix

Mesdames et Messieurs les dirigeants européens,

Le peuple soudanais n’a plus besoin d’une nouvelle déclaration exprimant votre inquiétude. Il a besoin d’une politique capable de transformer vos condamnations en conséquences réelles.

Chaque jour d’hésitation permet aux responsables des massacres de déplacer leurs avoirs, d’entretenir leurs réseaux et de préparer de nouvelles offensives. Chaque distinction artificielle entre la terreur que vous sanctionnez et celle que vous préférez encore ménager affaiblit votre propre discours sur les droits humains.

Vous aimez présenter l’Union européenne comme une puissance fondée sur le droit et les valeurs. Le Soudan est aujourd’hui l’un des lieux où cette prétention est mise à l’épreuve.

L’histoire ne retiendra pas vos subtilités juridiques. Elle retiendra que les atrocités étaient documentées, que les responsables étaient identifiés et que les moyens d’agir existaient.

Elle retiendra surtout le choix que vous aurez fait : celui de la justice ou celui des intérêts.

À Bruxelles, le temps se mesure en réunions et en procédures.

À El-Obeid, il se mesure en vies humaines.

La rédaction de La Nation

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