Boualem Sansal, diversion de guerre : Quand la junte militaire algérienne joue avec la honte

En ce mois de ramadan ensanglanté, alors que les bombes pleuvent sur Gaza, que les enfants palestiniens meurent dans l’indifférence mondiale, que la famine est utilisée comme une arme, que les hôpitaux sont ciblés, que la parole des vivants s’étrangle et que les morts s’accumulent comme autant de versets martyrs, l’Algérie officielle, elle, a trouvé son feuilleton : Boualem Sansal. L’ennemi à désigner, l’agitation à organiser, le fumigène à agiter. Le peuple, lui, n’est pas dupe. Il reconnaît les méthodes éculées de la caste militaire qui gouverne sans partage depuis 1962 : la diversion psychologique à l’heure des crimes contre l’humanité.

Sansal n’est pas l’événement. Gaza l’est.

Faire de Sansal un sujet d’actualité nationale alors que les Palestiniens sont génocidés en direct, c’est plus qu’un contresens moral : c’est une trahison politique. Une reddition intellectuelle. Une bassesse de régime. Ce n’est pas Sansal qui insulte l’Algérie, c’est cette junte sans colonne vertébrale, sans honneur, sans vision, qui vend l’héritage révolutionnaire pour acheter un peu de stabilité à l’étranger.

La propagande militaire, recyclée depuis des décennies, mise tout sur les automatismes mentaux du peuple : un vieil écrivain qui provoque, et c’est l’union sacrée autour des uniformes. Une insulte contre l’Algérie ? Vite, étouffons les vraies questions : Pourquoi Tebboune ne dénonce-t-il pas le rôle des start-ups israéliennes dans la guerre algorithmique à Gaza ? Pourquoi l’Algérie ne rompt-elle pas ses liens économiques avec les pays qui arment Tel-Aviv ? Pourquoi ferme-t-elle ses frontières aux réfugiés palestiniens alors qu’elle se prétend mère des révolutions ?

Le silence de l’État algérien est un crime.

En 2020, l’Algérie a accueilli pompeusement les représentants de toutes les factions palestiniennes pour une photo souvenir. Depuis, rien. Pas un convoi d’aide digne de ce nom, pas une rupture diplomatique retentissante, pas une déclaration fracassante à l’ONU, pas une protection sérieuse de la parole palestinienne sur son sol. Rien que des mots vides, des communiqués de presse inertes, et des promesses sans courage.

Et pendant ce temps, Gaza brûle.

La junte militaire algérienne, qui a su transformer la guerre de libération en rente à vie, ne sait plus comment maintenir son mythe de résistance. Elle surjoue la dignité nationale sur le dos d’un romancier pour cacher sa capitulation géopolitique. Sansal, qui n’a jamais représenté que lui-même, devient l’écran de fumée parfait pour un régime en fin de cycle, sans imagination, sans relais intellectuel, sans projet.

Psychologie des foules, mode opératoire :

  1. Créer un ennemi intérieur : aujourd’hui Sansal, hier les berbéristes, demain les syndicalistes.
  2. Fédérer autour d’un faux scandale : car il faut faire oublier que Gaza est seule, que l’Algérie officielle s’est dérobée.
  3. Neutraliser la colère populaire : détourner l’attention vers une cible secondaire, pour éviter les vraies interrogations sur la complicité passive du régime avec les puissances qui bombardent les peuples.

Ce mécanisme est bien connu. Gustave Le Bon en aurait fait un cas d’école. La junte mise sur les réflexes pavloviens de l’opinion, sur les émotions primaires, sur l’analphabétisme politique qu’elle a elle-même entretenu.

Mais le peuple change.

Les jeunes nés dans les années 90 ne croient plus aux vieux récits. Ils savent que l’armée ne protège plus le pays, mais protège son propre pouvoir. Ils savent que les frontières sont fermées aux Palestiniens, mais grandes ouvertes aux flux bancaires opaques. Ils savent que le FLN a été vidé de son sens, que le mot « révolution » est devenu décoratif, et que l’Algérie est dirigée par une oligarchie militaire fossilisée qui fait la guerre à ses propres enfants.

Gaza est le miroir de l’Algérie.

En regardant l’impunité d’Israël, l’Algérien lucide comprend son propre drame : le silence des États arabes, l’indifférence des régimes, la trahison des dirigeants. L’Algérie aurait pu devenir un phare pour les causes justes. Elle est devenue un bunker pour une caste vieillissante, peureuse et compromise.

Ce n’est pas l’écrivain Boualem Sansal qu’il faut combattre. C’est la vacuité d’un régime qui instrumentalise les polémiques pour cacher sa propre lâcheté. C’est la reddition permanente aux puissances d’argent. C’est l’effondrement stratégique. C’est l’abandon de toute forme d’initiative diplomatique courageuse.

Une junte qui se tait face au génocide palestinien n’a aucune légitimité morale.

Elle peut crier au scandale, organiser des débats télévisés, faire voter des lois, bloquer des sites, interdire des livres, inventer des traîtres : le peuple ne sera pas dupe. Il voit bien que les avions militaires algériens ne livrent pas de vivres à Rafah. Il voit bien que les ports algériens n’envoient aucun convoi maritime. Il voit bien que les dirigeants préfèrent préserver leurs intérêts que défendre les opprimés.

Le temps de l’insulte est révolu. Ce qui reste, c’est la honte.

Et l’histoire, tôt ou tard, demandera des comptes.

Car chaque régime arabe a son paravent :

  • En Égypte, on agite l’islam politique pour faire oublier le blocus de Rafah.
  • En Arabie saoudite, on parle de méga-projets futuristes pendant que les pétrodollars nourrissent les lobbies américains pro-israéliens.
  • Au Maroc, on flatte l’obsession du Sahara pour signer avec Tel-Aviv.
  • Aux Émirats, on vend la modernité et les gratte-ciel pour cacher les accords d’armement avec l’occupant.
  • En Tunisie, on ressuscite le spectre des Frères pour camoufler le silence officiel.
    Et en Algérie, on invente un écrivain coupable pour camoufler une diplomatie spectrale.

Un jour, les peuples feront tomber ces rideaux. Et derrière, ils ne trouveront que des trônes tachés du sang de la Palestine martyre.

Khaled Boulaziz