Il y a des pays où l’on emprisonne les corps. Et d’autres où l’on tente de tuer les esprits à petit feu. L’Algérie, aujourd’hui, ne se contente plus de coffrer, de faire taire, de brutaliser : elle discipline. Elle dompte. Elle dresse. Elle transforme chaque parole libre en menace, chaque idée en arme, chaque voix en cible.
Karim Tabbou, pour avoir osé nommer l’évidence, vit depuis 22 mois sous le joug d’un contrôle judiciaire kafkaïen. Son crime ? Avoir déclaré, sur une chaîne satellitaire, que les régimes du Maghreb sont de nature militariste, structurés autour d’une police politique omniprésente.
Où est l’injure ? Où est la calomnie ? Ce qu’il a dit, des millions l’ont hurlé dans les rues du Hirak. Ce qu’il a dit, nous le vivons tous les jours, dans notre chair, dans notre silence et dans notre exil.
Mais dans l’Algérie du régime post-Hirak, la vérité est subversive. Elle est interdite. Elle est passible de bannissement, d’humiliation, d’assignation à résidence symbolique. Alors on le prive de passeport. On l’interdit de parole. On le livre aux procédures lentes comme le supplice. On l’enferme dans un couloir judiciaire sans lumière, pendant que les enfants du régime, eux, sortent par la grande porte, lavés de tout soupçon.
Ce n’est pas une dérive. Ce n’est pas un accident. C’est un système. Une méthode. Une stratégie.
Le pouvoir algérien n’a jamais pardonné au peuple d’avoir voulu penser. Il recycle les vieilles ficelles : manipulation judiciaire, juges paralysés, figures consensuelles promues, pendant que les vrais résistants sont étouffés à petit feu.
Mais les masques sont tombés. Le cas de Tabbou est un miroir dans lequel se reflète le vrai visage de la république des casernes. Une république où la justice n’est qu’un accessoire, une façade, une couverture légale pour l’arbitraire.
L’Algérie est prise en otage. Otage d’une caste militaro-policière sans projet, sans vision, sans légitimité.
Mais que le régime le sache : chaque jour où Karim Tabbou signe un registre dans une caserne, c’est le pouvoir lui-même qui signe sa propre faillite morale. Chaque heure de silence imposé est un compte à rebours contre l’oppression.
Nous n’avons plus peur. Le peuple a vu. Le peuple sait. Et un jour viendra, l’heure des comptes, non pas judiciaire, mais historique.
Khaled Boulaziz