Mercredi 22 Avril 2026
Alger 23°C ☁️
Al-Qods 21°C ☀️
Dernière Heure
Pont culturel entre l'Europe et l'Asie : le Royal Danish Theatre fait ses débuts à Astana | Liban-Israël : des négociations directes "dans les semaines qui viennent" selon Ghassan Salamé | Iran : Trump empêché d'utiliser l'arme nucléaire par son Chef d'état-major des armées ? | Des hackers piratent le modèle IA Mythos jugé trop dangereux d'Anthropic, selon un rapport | Donald Trump prolonge le cessez-le-feu avec l'Iran | L’info du jour | 22 avril 2026 - Mi-journée | « With This Tear » : nouveau single de Prince pour les 10 ans de sa mort | Cuba affirme que des pourparlers ont eu lieu "récemment" avec les États-Unis | L'Ukraine va rouvrir les vannes de l'oléoduc Droujba et acheminer du pétrole russe à la Hongrie | LGBT+ : la Hongrie visée par un arrêt "historique" de la Cour de justice de l'UE | NBA : Victor Wembanyama élu défenseur de l'année à l'unanimité, une première | En direct : l'Iran affirme avoir saisi deux navires et les avoir redirigés vers ses eaux territoriales | Liban-Israël : l'accord du 17 mai 1983, un précédent qui plane sur les négociations | Nouveau cadre juridique pour les entreprises innovantes : simplifier l’entrepreneuriat en Europe | La victoire de Péter Magyar en Hongrie : quel est l'impact sur Bruxelles ? | Mort de Maradona : sa fille dénonce la "manipulation totale" de l'équipe médicale | Iran : Donald Trump n'en est plus à une contradiction près pour sauver la face | Donald Trump prolonge le cessez-le-feu avec l'Iran jusqu'à nouvel ordre | Iran : Donald Trump annonce la prolongation du cessez-le-feu sans en préciser la durée | Finul : l'impuissance des Casques bleus | Une enquête criminelle ouverte en Floride contre OpenAI et ChatGPT | Pont culturel entre l'Europe et l'Asie : le Royal Danish Theatre fait ses débuts à Astana | Liban-Israël : des négociations directes "dans les semaines qui viennent" selon Ghassan Salamé | Iran : Trump empêché d'utiliser l'arme nucléaire par son Chef d'état-major des armées ? | Des hackers piratent le modèle IA Mythos jugé trop dangereux d'Anthropic, selon un rapport | Donald Trump prolonge le cessez-le-feu avec l'Iran | L’info du jour | 22 avril 2026 - Mi-journée | « With This Tear » : nouveau single de Prince pour les 10 ans de sa mort | Cuba affirme que des pourparlers ont eu lieu "récemment" avec les États-Unis | L'Ukraine va rouvrir les vannes de l'oléoduc Droujba et acheminer du pétrole russe à la Hongrie | LGBT+ : la Hongrie visée par un arrêt "historique" de la Cour de justice de l'UE | NBA : Victor Wembanyama élu défenseur de l'année à l'unanimité, une première | En direct : l'Iran affirme avoir saisi deux navires et les avoir redirigés vers ses eaux territoriales | Liban-Israël : l'accord du 17 mai 1983, un précédent qui plane sur les négociations | Nouveau cadre juridique pour les entreprises innovantes : simplifier l’entrepreneuriat en Europe | La victoire de Péter Magyar en Hongrie : quel est l'impact sur Bruxelles ? | Mort de Maradona : sa fille dénonce la "manipulation totale" de l'équipe médicale | Iran : Donald Trump n'en est plus à une contradiction près pour sauver la face | Donald Trump prolonge le cessez-le-feu avec l'Iran jusqu'à nouvel ordre | Iran : Donald Trump annonce la prolongation du cessez-le-feu sans en préciser la durée | Finul : l'impuissance des Casques bleus | Une enquête criminelle ouverte en Floride contre OpenAI et ChatGPT |
Algérie

Des identités rebelles aux identités meurtrières

22 avril 2026

Il est des débats qui, sous leur apparente actualité, engagent des questions plus anciennes et plus profondes : celles de la manière dont une société se pense elle-même, de ce qu’elle choisit de mettre au centre de son récit, et de ce qu’elle accepte — ou non — de dépasser.

Les réflexions récentes autour des Identités rebelles de Fatma Oussedik s’inscrivent dans cette tension. Non parce qu’elles opposeraient frontalement deux visions incompatibles de l’Algérie, mais parce qu’elles révèlent un déplacement plus subtil : celui qui conduit, progressivement, d’une critique légitime des assignations identitaires à une centralité accrue de ces mêmes identités dans la compréhension du réel.

Le propos de Fatma Oussedik est, à bien des égards, fondé. Elle rappelle avec justesse que les identités ne sont pas des essences immuables, mais des constructions complexes, stratifiées, traversées par l’histoire et les rapports de pouvoir. Elle met en cause les catégories héritées de l’anthropologie coloniale, ces “types idéaux” qui ont figé des sociétés vivantes dans des représentations simplificatrices et souvent instrumentalisées. Elle insiste également sur la nécessité de produire une pensée autonome, affranchie des grilles de lecture imposées par le regard extérieur.

Mais c’est précisément à partir de cette exigence que surgit une interrogation.

Car en déconstruisant l’identité comme essence, le discours tend à lui restituer une autre forme de centralité. Non plus comme catégorie figée, mais comme lieu privilégié de la résistance, de la mal-représentation, de la singularité contrariée. L’identité n’est plus ce qui enferme ; elle devient ce à partir de quoi l’on comprend. Et c’est dans ce déplacement que se loge une ambiguïté.

Une société peut-elle durablement se penser à partir de ses marges ?

La question n’est pas de nier l’existence des singularités, ni de refuser d’entendre les voix qui se disent mal représentées. Elle est de savoir si ces singularités doivent constituer le point d’équilibre de la réflexion collective. Car il existe une différence, souvent imperceptible au premier regard, entre reconnaître la pluralité et organiser la pensée autour d’elle.

C’est ici que la lecture d’Amin Maalouf offre un éclairage utile. Dans Les identités meurtrières, il ne conteste pas la réalité des appartenances. Il en décrit au contraire la complexité, la superposition, la richesse. Mais il met en garde contre un phénomène précis : celui par lequel une identité, parmi d’autres, vient à s’imposer comme déterminante, exclusive, totalisante. Ce n’est pas l’identité en soi qui devient dangereuse ; c’est sa réduction, son absolutisation.

Le passage d’une identité vécue à une identité totalisante ne s’opère pas brutalement. Il se fait par glissements successifs. Ce qui était une composante devient un principe. Ce qui était un élément de compréhension devient une clé unique de lecture. Et ce qui relevait de la diversité finit par structurer la perception entière du monde.

Appliqué à une société, ce mécanisme produit un effet particulier. Il ne conduit pas nécessairement à la rupture ouverte, mais à une fragmentation progressive du regard. Chaque groupe, chaque mémoire, chaque singularité tend à devenir un point d’ancrage interprétatif. La société cesse alors d’être perçue comme une totalité en devenir pour apparaître comme une juxtaposition de récits partiels, également légitimes, mais difficilement conciliables.

Dans ce contexte, la question de la Nation se transforme. Elle n’est plus explicitement contestée ; elle devient simplement moins centrale. Elle cesse d’être un projet pour devenir un cadre. Elle n’est plus ce qui organise, mais ce qui contient.

Or, l’histoire montre que les sociétés ne se maintiennent pas durablement dans cet état d’équilibre instable. Elles ont besoin d’une forme de synthèse, non pas pour nier leurs différences, mais pour leur donner une direction. Sans cette synthèse, la pluralité risque de se transformer en dispersion.

Les figures historiques que convoque Fatma Oussedik dans son ouvrage éclairent cette tension d’une manière particulière. Moufdi Zakariya, par exemple, ne peut être réduit à une expression de singularité. Son œuvre s’inscrit dans un moment où il s’agissait précisément de faire advenir une unité à partir de la diversité. Son écriture ne nie pas les appartenances ; elle les traverse pour produire un langage commun. De même, Cheikh El Bayoudh, tout en étant profondément enraciné dans un contexte spécifique, n’a jamais inscrit cet enracinement dans une logique de séparation. Il témoigne au contraire d’une articulation possible entre singularité et appartenance à un ensemble plus vaste.

Ces figures n’invalident pas la réflexion sur les identités ; elles en déplacent le centre de gravité. Elles rappellent que la question n’est pas seulement celle de la reconnaissance, mais celle du dépassement.

Peut-être est-ce là que réside l’enjeu principal.

Une société ne se construit ni dans le déni de ses différences, ni dans leur mise en avant constante. Elle se construit dans la capacité à les inscrire dans une dynamique commune. Cela suppose de maintenir un équilibre délicat : reconnaître sans enfermer, analyser sans fragmenter, comprendre sans réduire.

Dans cette perspective, le passage des “identités rebelles” aux “identités meurtrières” n’est pas une rupture, mais une possibilité. Une possibilité qui ne se réalise pas nécessairement, mais qui existe dès lors que l’identité, quelle qu’elle soit, devient le prisme dominant de l’intelligibilité.

Il ne s’agit donc pas d’opposer deux visions, ni de disqualifier une démarche. Il s’agit de rappeler une exigence : celle de ne pas substituer à une réduction une autre réduction. Car si l’histoire coloniale a produit des catégories figées, la réponse ne peut être de faire de la singularité le seul horizon de la pensée.

Entre l’uniformité et la fragmentation, il existe un espace plus difficile à penser, mais plus fécond : celui de la composition.

C’est peut-être dans cet espace que se joue, aujourd’hui encore, la possibilité de penser une société comme autre chose qu’une somme de ses identités.

Khaled Boulaziz

AlgérieCulture