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Une paix contre les Arabes

8 avril 2026

Depuis 1979 : une déstabilisation méthodique du monde arabe

Depuis l’avènement de la révolution iranienne dite « islamique », le monde arabe vit dans une instabilité dont il peine encore à mesurer la profondeur historique. Il ne s’agit pas simplement d’une succession de crises, ni même d’un cycle de conflits régionaux. Il s’agit d’un phénomène plus structuré, plus persistant : l’irruption d’un projet politique et idéologique dont les effets ont progressivement redessiné l’équilibre du Moyen-Orient.

Avant 1979, l’Iran du Shah s’inscrivait dans une logique classique de puissance. Autoritaire, sans doute, mais fondamentalement nationale, cette politique visait à renforcer l’État iranien dans ses frontières, à moderniser ses structures et à affirmer une identité perse tournée vers elle-même. L’Iran n’était pas alors un vecteur d’exportation religieuse ni un acteur cherchant à remodeler ses voisins par des moyens indirects.

La révolution islamique a introduit une rupture décisive. Elle a transformé l’Iran en un centre idéologique dont l’ambition dépassait largement le cadre national. Le pouvoir qui s’y est constitué n’a pas seulement cherché à gouverner un territoire, mais à projeter une vision, à établir des relais, à inscrire son influence dans des espaces extérieurs — et ces espaces ont été, en premier lieu, arabes.

Au fil des décennies, cette projection s’est déployée selon des modalités remarquablement constantes. Elle ne s’est pas traduite par des conquêtes territoriales directes, mais par une pénétration progressive des structures locales : constitution de réseaux, soutien à des acteurs armés non étatiques, insertion dans les dynamiques politiques internes. L’Irak, le Liban, la Syrie ou encore le Yémen offrent chacun, à leur manière, des exemples de cette stratégie indirecte, où la souveraineté formelle subsiste tandis que les centres effectifs de décision se déplacent.

Ce processus a contribué à installer une instabilité durable. Non pas une instabilité chaotique et imprévisible, mais une instabilité fonctionnelle, qui affaiblit les États sans les faire disparaître, et qui ouvre des espaces d’influence sans exiger de contrôle absolu. Ce type de déséquilibre présente un avantage évident pour celui qui sait l’exploiter : il rend les configurations politiques dépendantes, fragmentées, et donc plus aisément pénétrables.

La phase actuelle de tensions régionales éclaire cette dynamique sous un jour particulièrement révélateur. Car au-delà des représentations dominantes, qui tendent à présenter le conflit comme centré sur l’affrontement entre l’Iran et Israël, les données empiriques dessinent une réalité différente. Selon des estimations concordantes, l’Iran a lancé plus de 4 900 missiles et drones en direction des États arabes du Golfe, contre environ 850 visant Israël. Une telle disproportion ne relève pas du détail statistique : elle indique clairement où se concentre l’essentiel de la pression militaire.

Ce constat invite à reconsidérer la nature même du conflit. L’espace arabe apparaît moins comme un acteur que comme le principal théâtre d’opérations. Les infrastructures vitales, les équilibres économiques et les conditions de sécurité y sont soumis à une pression continue, tandis que les centres de décision stratégique se situent ailleurs.

C’est dans ce contexte que les négociations entre les États-Unis et l’Iran prennent toute leur signification. Elles ne constituent pas seulement une tentative de désescalade, mais un moment de structuration de l’ordre régional. Or, ce qui frappe, c’est le décalage entre ceux qui subissent le plus directement les effets du conflit et ceux qui participent à la définition de son issue. Les États arabes, pourtant en première ligne, ne sont pas au cœur de ces discussions.

Cette dissociation révèle une asymétrie plus profonde. L’Iran agit dans une temporalité longue, combinant pression militaire, ancrage idéologique et continuité stratégique. Il n’a pas besoin de victoires spectaculaires pour avancer ; il lui suffit de maintenir une présence, d’accumuler des positions, de façonner progressivement son environnement. À l’inverse, nombre d’États arabes s’inscrivent dans des logiques plus immédiates, souvent dépendantes d’équilibres extérieurs et de garanties internationales.

Dès lors, la coexistence apparente entre escalade militaire et ouverture diplomatique ne constitue pas une contradiction, mais l’expression d’une même logique. La pression exercée sur le terrain contribue à renforcer la position de négociation. Elle démontre une capacité d’action et installe un rapport de force qui rend toute solution difficilement envisageable sans la prise en compte de l’acteur qui l’a produite.

Si les négociations en cours aboutissent, elles pourraient conduire à une forme de stabilisation entre les grandes puissances impliquées. Mais cette stabilisation risque de ne pas correspondre à un rééquilibrage. Elle pourrait, au contraire, entériner une configuration dans laquelle l’Iran est reconnu comme un pôle central, tandis que le monde arabe demeure l’espace où s’expriment les tensions.

Il ne s’agit pas ici de contester la nécessité de la paix. Mais de rappeler que la paix, en politique internationale, n’est jamais neutre. Elle consacre toujours un rapport de forces. Si ce rapport de forces est asymétrique, la paix tend à en prolonger les effets plutôt qu’à les corriger.

Ainsi, ce qui se dessine aujourd’hui n’est pas seulement la fin possible d’une séquence de confrontation, mais la consolidation d’un ordre régional dans lequel le monde arabe, bien que central géographiquement et humainement, risque de demeurer périphérique stratégiquement.

Et c’est peut-être là le point le plus difficile à admettre : non pas une défaite visible, mais un déplacement progressif — d’acteur à espace, de sujet à terrain — dans une région dont il constitue pourtant le cœur.

Khaled Boulaziz

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