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Le Monde

Trump en Pape : le sacrilège de l’Empire et l’ivresse d’Israël

1 septembre 2025

Il est des instants où l’Histoire se moque d’elle-même avec une cruauté d’autant plus éclatante qu’elle se drape d’oripeaux sacrés. Ainsi, au lendemain de la mort du pape François, le monde entier, encore engourdi de prières funèbres, vit surgir le spectacle le plus grotesque : Donald Trump, marchand de mirages, télévangéliste travesti en tribun, se proclama – l’air gourmand, l’œil ravi de son propre effet – candidat autoproclamé à la tiare. On le vit, l’espace d’une image artificiellement fabriquée par une machine numérique, affublé de mitre et de crosse comme un acteur de carnaval égaré dans la sacristie du Vatican. Était-ce une boutade, une saillie de comédie ? Non. C’était la manifestation, sans fard, de ce délire de grandeur qui, dans l’ombre des casinos en faillite, rêve de se transmuer en oracle pontifical.

Car Donald Trump, ce saltimbanque milliardaire, n’est pas seulement un produit de la télé-réalité politique : il est devenu, par la grâce d’un électorat fasciné et par la dévotion cupide de certaines sectes évangéliques, l’idole malodorante d’un empire vieillissant. Israël, de son côté, l’encense comme un prophète de substitution, un Moïse perverti prêt à scinder les mers de sang pour offrir à ses alliés l’illusion d’une Terre promise conquise à coups de bombes. On l’érige en Pape laïque, en pontife du vacarme, et lui-même, ravi de la mascarade, joue ce rôle avec l’aplomb d’un bateleur de foire.

Sur la scène virtuelle d’X, l’ancien président a proclamé, sans ciller, qu’il deviendrait le chef spirituel de l’humanité, l’élu chargé d’annoncer l’Apocalypse. Ses mots – « Le monde comprendra bientôt, et rien ne pourra arrêter ce qui vient » – résonnent comme un glas funèbre. Ce n’est plus seulement la rhétorique d’un candidat en campagne : c’est la proclamation d’un messianisme de pacotille, d’un crépuscule du monde brandi comme un argument électoral.

Derrière cette fanfaronnade se profile une liturgie macabre : celle d’Armageddon. Les docteurs autoproclamés de la « prophétie » recyclent les visions hallucinées de saint Jean pour les convertir en stratégie militaire. L’humanité, disent-ils, doit s’embraser pour que brille la gloire d’un petit peuple autoproclamé élu ; la chair des enfants palestiniens devient l’encens de leur autel. À Gaza, chaque missile, chaque maison pulvérisée, chaque souffle d’agonie alimente cette religion de fer et de feu. Et dans ce théâtre morbide, les puissants se congratulent, persuadés de participer à une œuvre divine, alors qu’ils ne font que répandre les cendres d’une ville martyrisée.

Trump, en se posant en pontife du désastre, proclame la guerre sainte de Wall Street, le catéchisme des pipelines et des drones. Son évangile n’est pas celui du pardon, mais celui du marché, avec pour apôtres les lobbys et pour sacrements les contrats d’armement. Son homélie, c’est la menace nue : bombarder Téhéran, anéantir Gaza, étouffer le Liban, réduire le Yémen à un désert de cendres. Il rêve de diviser le monde musulman comme on dépèce une carcasse, distribuant les morceaux à ses alliés au gré des enchères. Et quand quelques voix indignées s’élèvent en Occident pour dénoncer la barbarie, les geôles américaines et européennes s’ouvrent pour les engloutir dans le silence.

Mais la comédie impériale ne s’écrit jamais seule. Dans les cuisines enfumées de Washington et de Tel-Aviv, on touille une bouillabaisse de complots. Là, les marmitons de la guerre invitent à leur festin des convives improbables : la Russie cynique, qui joue double jeu ; la Chine patiente, comptant ses dividendes ; l’Inde de Modi, ivre de son nationalisme ; les deux Corées, ces frères ennemis prêts à pactiser avec leurs geôliers ; l’Azerbaïdjan, le Tadjikistan, satellites de circonstances. Tous ces régimes, rivaux en apparence, se retrouvent unis dans l’art de dresser des cartes sanglantes et de déplacer des peuples comme on déplace des pions. L’odeur qui monte de cette cuisine n’est pas celle du pain romain ni de l’encens byzantin : c’est la fumée grasse d’un brasier où l’on jette les chairs des innocents.

Et pendant ce temps, que font nos princes arabes ? Ils valsent, ils festoient, ils inaugurent des stades, des tours de verre, des expositions universelles, comme si les hurlements de leurs voisins ne franchissaient pas les murs de leurs palais climatisés. Leurs télévisions, aux ordres comme des chiens de chasse, diffusent des variétés criardes, des compétitions sportives maquillées en épopées nationales, des festivals d’illusions. Les peuples, eux, affamés, hébétés, regardent défiler ces parades d’opulence avec la même sidération que devant un festin dressé au milieu d’un charnier. Et pour donner un vernis de grandeur à leur lâcheté, les dirigeants s’essaient à déclamer les vers de Mutanabbî, ce génie de l’arrogance, qu’ils réduisent à une rengaine de foire :

« Le cheval, la nuit et le désert me connaissent,
Ainsi que l’épée, la lance, le papier et la plume. »

Hélas, ces mots, arrachés à leur noblesse, sonnent aujourd’hui comme des fanfreluches, des colifichets verbaux brandis par des histrions. Pardon, ô Mutanabbî, pour cette profanation : on a mis ton orgueil au service d’une soumission.

Quant au peuple, lui, il n’a pas le luxe de ces mascarades. À Gaza, les mères cherchent leurs enfants sous des montagnes de gravats, les pères creusent à mains nues des tombes trop petites, et les vieux, assis devant leurs maisons effondrées, voient disparaître dans la poussière la mémoire d’un monde qui fut. Chaque missile tombé est un sermon plus éloquent que toutes les bulles pontificales de Trump : il dit l’ivresse de destruction, l’adoration morbide de la force, la sanctification du néant.

Ainsi se dresse sous nos yeux une nouvelle théocratie, non pas celle de Rome, mais celle d’une alliance entre milliardaires narcissiques et états fous, où le dollar tient lieu d’encens, où la bombe atomique se fait ostensoir. Une parodie de religion qui réclame toujours plus de victimes pour nourrir sa propre liturgie sanglante.

Et nous ? Que faisons-nous ? Nous, habitants des villes arabes transformées en bazars de luxe et en musées climatisés, nous nous enivrons de musiques tapageuses, de défilés de mode et de spectacles importés, pendant que notre voisin agonise sous les décombres. Nous préférons l’oubli confortable à l’affrontement, les paillettes à la dignité. Et nos tyranneaux de carton-pâte, bardés de médailles achetées au prix de la servitude, se rengorgent en citant, la bouche pleine de miel, les vers d’un poète qu’ils trahissent par leur simple existence.

Khaled Boulaziz

Le Monde