Algérie : des législatives pour élire l’écho du pouvoir

26 mai 2026

L’Algérie est de nouveau convoquée aux urnes. Le 2 juillet 2026, le pouvoir demandera au peuple de renouveler l’Assemblée populaire nationale. Officiellement, tout est en ordre : décret présidentiel, calendrier, listes électorales, conditions de candidature, discours sur la représentativité et promesses d’un pluralisme retrouvé.

Mais l’ordre institutionnel n’est pas toujours l’ordre démocratique. Derrière la vitrine du scrutin se tient une réalité plus froide : un système qui organise l’élection après avoir méthodiquement désarmé la politique. On appelle cela rendez-vous électoral. Le pays, lui, y reconnaît une cérémonie de reconduction.

La prochaine législative n’a pas pour fonction de rendre la parole à la société. Elle vise surtout à fabriquer une nouvelle caisse d’écho pour la caste militaro-bureaucratique, cette architecture opaque qui gouverne sans comparaître, décide sans répondre, verrouille sans signer. Le Parlement sera renouvelé, mais le pouvoir réel, lui, ne sera pas mis en concurrence.

Les autorités présentent ce scrutin comme une étape normale de la vie démocratique. Le même vocabulaire revient : ouverture, participation, réforme, maturité politique. L’Express Algérie écrit même que la participation annoncée de partis ayant boycotté les législatives de 2021 pourrait donner davantage de « couleur » à la campagne. Mais la couleur d’une campagne ne suffit pas à masquer la grisaille d’un système. En 2021, la participation officielle n’avait atteint que 23 %, et le FLN était arrivé en tête avec 98 sièges, devant le MSP et le RND.

Le pouvoir veut désormais transformer cette fatigue populaire en décor institutionnel. Les partis peuvent revenir, les affiches peuvent couvrir les murs, les candidats peuvent parler de programmes. Mais que vaut une compétition lorsque les règles du jeu sont écrites par ceux qui ne veulent jamais perdre ? Que vaut une urne lorsque la société qui l’entoure reste surveillée, intimidée, administrée ?

Le contexte politique parle plus fort que les communiqués. Human Rights Watch décrit une Algérie où les autorités continuent de restreindre les libertés d’expression, de presse, d’association, de réunion et de circulation, avec un usage préoccupant de l’arsenal antiterroriste contre des voix critiques. Amnesty International affirme de son côté que la répression de la dissidence pacifique s’est intensifiée, notamment autour du mouvement de contestation en ligne « Manich Radi ».

Dans un tel climat, le bulletin de vote devient moins un instrument de souveraineté qu’un accessoire de théâtre. Le citoyen est invité à voter, mais non à peser. Il est convié à participer, mais non à contester. On lui ouvre l’isoloir après avoir fermé l’espace public.

La récente révision constitutionnelle ajoute une autre couche au verrouillage. Présentée comme « technique », elle modifie des équilibres essentiels : rôle de l’ANIE, justice, prérogatives présidentielles, conditions de candidature. Le Monde y voit un renforcement de l’emprise du président Tebboune, notamment sur l’organisation électorale et le Conseil supérieur de la magistrature.

Voilà le cœur du problème : l’Algérie ne manque pas d’élections, elle manque d’alternance réelle. Elle ne manque pas d’urnes, elle manque de liberté politique. Elle ne manque pas d’institutions, elle manque d’institutions capables de résister au pouvoir profond.

La mascarade ne réside pas seulement dans le résultat attendu. Elle commence bien avant le vote, dans l’asphyxie du débat, dans la domestication des médias, dans la peur judiciaire, dans l’administration des partis, dans cette manière de transformer la politique en formalité bureaucratique. Le régime ne cherche pas un Parlement vivant. Il cherche une chambre d’enregistrement, un miroir discipliné, une Assemblée qui applaudira ce qu’elle devrait contrôler.

Le 2 juillet, l’Algérie officielle parlera de participation. Elle montrera des files, des urnes, des bulletins, des chiffres. Elle dira que le peuple s’est exprimé. Mais un peuple ne s’exprime pas seulement le jour du vote. Il s’exprime dans la rue, dans la presse, dans les syndicats, dans les universités, dans les partis libres, dans les associations, dans le droit de dire non sans risquer la prison.

Une élection qui ne change rien au pouvoir n’est pas une respiration démocratique. C’est un rituel de conservation. Une manière de repeindre la façade pendant que la maison reste confisquée.

Ces législatives ne choisiront probablement pas les représentants du peuple. Elles désigneront les nouveaux haut-parleurs d’un système qui parle au nom de l’Algérie pour mieux empêcher l’Algérie de parler.

Khaled Boulaziz