1% de l’Élite Politico-Sécuritaire accapare 50% de la richesse Algérienne

Boumédiène qui a créé la sécurité militaire, qui n’était rien d’autre qu’une police politique. Et si vous comptez tous ceux qui travaillent officiellement pour les services, ceux qui travaillent avec eux officieusement, vous découvrirez l’existence d’un parti clandestin de deux millions de membres.

Sid Ahmed Ghozali, Un demi-siècle d’histoire du renseignement algérien » publié dans Afrique contemporaine (n° 260, 2016)

Dans un pays où le sang des martyrs de la révolution coule encore dans les veines de la terre, où les ressources pétrolières et gazières pourraient faire de chaque citoyen un homme libre et digne, une élite politico-sécuritaire – ce 1% de vampires en uniforme – s’accapare 50% de la richesse nationale. Cinquante pour cent ! Ces chiffres, extraits des rapports accablants du World Inequality Lab et de la Banque mondiale, ne sont pas de froides statistiques : ils sont le cri étouffé d’un peuple spolié, le témoignage d’une inégalité qui n’est pas un accident historique, mais une machine de guerre capitaliste maintenue par un régime autoritaire. Le top 10% rafle 49% des revenus, laissant aux 50% les plus pauvres – ouvriers, paysans, chômeurs chroniques – seulement 18% des miettes et 4,2% de la richesse totale. L’écart entre riches et pauvres est de 27 à 1, un gouffre qui engloutit les rêves d’une génération entière. La richesse moyenne par adulte, à 32 500 euros en parité de pouvoir d’achat, est un mensonge éhonté : elle masque la réalité d’une masse prolétaire qui survit dans la précarité absolue, pendant que l’élite – ces généraux bedonnants et ministres ventripotents – accumule des fortunes illicites dignes des pires oligarques mondiaux.

Cette inégalité n’est pas nouvelle ; elle est le fruit pourri d’un système post-colonial qui a trahi les idéaux socialistes de la révolution algérienne. Depuis l’indépendance en 1962, l’Algérie a été promise à un avenir de justice et d’égalité par les pères fondateurs du FLN. Boumediene, avec son socialisme arabe, rêvait d’une nation où les richesses du sous-sol appartiendraient au peuple. Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Sous Tebboune, comme sous Bouteflika avant lui, le régime a muté en une kleptocratie où l’armée et les services de sécurité – ces gardiens autoproclamés de la souveraineté – se sont transformés en cartel économique. Sonatrach, le joyau national, est devenu leur pompe à fric personnelle : contrats truqués, pots-de-vin avec des multinationales étrangères, détournements massifs qui siphonnent des milliards pendant que les hôpitaux manquent de médicaments et que les écoles tombent en ruine. Les chiffres du PNUD et du CREAD le confirment : depuis 2014, l’inégalité est figée, stable comme un mur de béton armé, parce que le régime l’entretient sciemment pour maintenir sa domination.

Regardons de plus près ce 1% : ce n’est pas une élite au sens noble, forgée par le mérite ou le service public. Ce sont les héritiers directs des clans qui ont capturé l’État après l’indépendance, transformant la libération nationale en libération des appétits privés. Généraux qui contrôlent les importations alimentaires et les terres agricoles, ministres qui attribuent les marchés publics à leurs familles, officiers des services secrets qui rackettent les entreprises privées – tous unis dans une fraternité de la prédation. Le top 1% détient plus d’un quart de la richesse, mais quand on zoome sur les cercles les plus fermés – ceux des hauts gradés de l’armée et du DRS – on atteint facilement 50%, comme le soulignent les études du World Inequality Lab. Ces parasites ne produisent rien ; ils parasitisent. Pendant que le prolétariat urbain d’Alger ou d’Oran trime pour des salaires de misère – souvent moins de 200 euros par mois – ces « décideurs » accumulent des biens immobiliers en France, des comptes offshore aux Émirats, des investissements dans l’immobilier londonien. C’est du capitalisme de connivence pur, un système où l’État socialiste a été perverti en outil de classe pour les puissants.

World Inequality Report Dec 2025

Et que dire des femmes, ces piliers invisibles de la société algérienne ? Le taux de participation féminine au marché du travail est un scandaleux 13,6%, inchangé depuis dix ans selon la Banque mondiale. Dans un pays où les mères, les sœurs et les filles ont porté la révolution sur leurs épaules – rappelons les bombes cachées sous les haïks pendant la guerre d’indépendance – elles sont aujourd’hui confinées au travail domestique non rémunéré, privées d’opportunités éducatives et professionnelles par un patriarcat renforcé par le régime. Ce n’est pas seulement une question de genre ; c’est une arme économique du capitalisme autoritaire, qui maintient la moitié de la population dans la dépendance pour mieux exploiter l’autre moitié. Les rapports du PNUD soulignent que cette exclusion coûte cher à l’économie nationale, mais le régime s’en moque : tant que les femmes restent à la maison, le pouvoir masculin – et militaro-sécuritaire – reste intact. C’est une double aliénation, marxiste dans l’âme : aliénation économique et aliénation genrée, qui renforce la domination de classe.

Le Hirak de 2019 était l’étincelle d’espoir, un mouvement de masse où le peuple, inspiré par les idéaux de justice sociale et d’égalité, a défié le régime pacifiquement. Des millions dans les rues, scandant « Système dégage ! », réclamant la redistribution des richesses, la fin de la corruption, un État au service du peuple. Mais que fit l’élite ? Elle répondit par la répression : arrestations arbitraires, gaz lacrymogènes, prisons bondées. Les chiffres du CREAD montrent que pendant le Hirak, l’inégalité n’a pas baissé d’un iota – au contraire, la pandémie de COVID a servi de prétexte pour accentuer le contrôle sécuritaire et creuser les écarts. Le régime a distribué des aides sociales minimes pour calmer les masses, mais ces « aumônes » étaient financées par l’endettement extérieur, gonflant l’inflation qui frappe d’abord les pauvres. C’est une tactique classique des régimes autoritaires : diviser pour régner, acheter la paix avec des miettes pendant que les coffres se remplissent.

Cette inégalité n’est pas un bug du système ; c’est sa feature principale. L’Algérie produit assez de gaz pour éclairer l’Europe, assez de pétrole pour financer un welfare state modèle. Mais où va l’argent ? Dans les poches de l’élite politico-sécuritaire, qui a transformé Sonatrach en vache à lait privée. Les études de l’African Development Bank (2024) le confirment : la concentration de la richesse est structurelle, liée à un modèle économique où l’État contrôle tout mais ne redistribue rien. Le peuple, ce prolétariat urbain et rural, est réduit à la survie : chômage à 15% officiellement (mais bien plus en réalité), inflation galopante, logements insalubres. Les jeunes, cette génération sacrifiée, émigrent par milliers, risquant leur vie en Méditerranée pour fuir un pays qui les rejette. C’est un exode forcé, un saignement démographique qui affaiblit la nation pendant que l’élite s’enrichit.

Nous savons que l’inégalité n’est pas fatale ; elle est le produit d’un système capitaliste autoritaire qui peut être renversé. Le Hirak l’a prouvé : l’unité du peuple, des travailleurs aux intellectuels, des femmes aux vétérans, peut faire trembler les palais. Il faut aller plus loin : exiger une révolution vraie, avec nationalisation réelle des ressources, redistribution massive, contrôle ouvrier sur les entreprises, et un État au service des masses. Pas de demi-mesures ! Pas de « réformes » cosmétiques promises par Tebboune pour calmer les esprits. Il faut balayer cette élite corrompue, ces 1% qui volent 50% de notre avenir. Les chiffres du IMF (2024) montrent que l’Algérie a les moyens : un PIB par habitant qui pourrait rivaliser avec l’Europe si la richesse était partagée. Mais tant que le régime dure, c’est la misère pour tous, sauf pour eux.

Le peuple algérien, héritier des moudjahidine et des idéaux de Fanon, se lèvera pour une Algérie socialiste, égalitaire, libre. Et ce jour-là, les 1% paieront pour leurs crimes.

Khaled Boulaziz

Références

  • World Inequality Lab (2024). Income and Wealth Inequality in Algeria, 1995–2023.
  • Banque mondiale (2023). Algeria Economic Monitor – Spring 2023.
  • Banque mondiale (2025). Algeria Country Economic Memorandum.
  • PNUD Algérie (2024). Rapport national sur le développement humain.
  • CREAD – Études sur la concentration de la richesse 2020–2024.
  • African Development Bank (2024). Algeria Economic Outlook.
  • IMF Article IV Consultation – Algeria (2024).