Quand les bien-pensants parfument le génocide de Gaza

13 septembre 2025

Herzi Halevi, ancien chef d’état-major israélien, a lâché la vérité nue comme une pierre tombale jetée sur la conscience du monde : « Plus de 10 % des Gazaouis ont été tués ou blessés. » Une phrase de comptable, sèche, arithmétique, comme si l’on faisait l’inventaire d’un stock de bétail. Deux cent mille vies fracassées, deux cent mille corps broyés, et lui balance ce chiffre avec l’impassibilité d’un agent d’assurances. Voilà le visage réel du sionisme militarisé : l’arithmétique de l’extermination, la comptabilité glacée de la chair humaine réduite en fragments. Derrière cette froideur, il y a un programme, une liturgie de mort dictée non seulement par l’État-major mais aussi par des rabbins talmudiques génocidaires, ces faiseurs d’exégèse qui transforment les versets en manuels d’anéantissement, qui bénissent les bombes comme on bénit le pain.

Et face à cela, que nous offre Le Monde ? Une tribune sirupeuse signée Romain Graziani, philosophe et sinologue, qui ose juxtaposer dans un même souffle le Hamas et l’armée israélienne, comme si la pierre lancée depuis une ruine pouvait être mise en balance avec l’avion de chasse qui pulvérise un quartier entier. Le mensonge, ici, n’est pas dans l’erreur factuelle, mais dans l’équivalence morale : ce relativisme qui, sous couvert de sagesse académique, accorde aux bourreaux la même densité morale qu’aux suppliciés. C’est une symétrie obscène, une neutralité criminelle, un voile jeté sur le charnier.

Herzi Halevi ne se cache pas : il avoue, il se vante, il crache la vérité sanguinaire de son armée carnassière. Mais Graziani, lui, maquille, parfume, recouvre d’encens une plaie béante. Il nous parle d’une « communauté scientifique » formée d’arabisants et d’hébraïsants, vivant en bonne intelligence, comme si la paix régnait dans les bureaux de la 15ᵉ section du Conseil national des universités et que cette paix universitaire devait servir de modèle au Proche-Orient. Quelle imposture ! Dans son verbiage, Gaza n’est plus une fosse commune, mais un objet de dissertation ; les enfants écrasés sous les gravats ne sont plus que des exemples rhétoriques pour jongler entre deux « camps » qu’on réprouve à égalité.

C’est là le mensonge le plus ignoble : transformer le massacre programmé en simple « conflit », effacer la logique exterminatrice qui anime l’État d’Israël et ses rabbins talmudiques génocidaires, ce clergé assoiffé de sang qui relit le Talmud comme on relit un manuel militaire, qui proclame que les Palestiniens ne sont pas des âmes mais des ombres, et que chaque bombe larguée est une offrande faite à un dieu tribal. Il ne s’agit pas seulement de militaires ou de politiciens : il s’agit d’un appareil théologico-militaire où la religion devient la complice intime du charnier. Les rabbins de guerre ne se contentent pas de bénir les chars, ils prêchent la purification par le feu, ils théorisent la famine comme une arme sacrée, ils expliquent que l’anéantissement des enfants de Gaza est un acte de fidélité.

Face à cela, Graziani nous parle de « Babel », d’un laboratoire académique où l’on vit « libres des haines sectaires ». Mais Gaza n’est pas un séminaire : Gaza est une fosse commune à ciel ouvert, Gaza est une morgue saturée, Gaza est un laboratoire d’extermination qui n’a rien de métaphorique. Et la communauté scientifique qui se drape de neutralité est pire qu’aveugle : elle est complice. Car le silence ou l’équilibre artificiel ne sont pas de la science, mais de la lâcheté ; pas de la sagesse, mais une collaboration polie avec le massacre.

Qu’on ose écrire que l’armée israélienne est « la plus immorale du monde » tout en la mettant sur le même plan que le Hamas est une opération de blanchiment. Car nommer l’immoralité sans la qualifier de génocide, c’est encore lui tendre la main. C’est offrir au bourreau une échappatoire. C’est faire croire qu’il s’agit seulement d’un excès, d’une démesure, et non d’un projet méthodique, nourri par les sermons des rabbins talmudiques génocidaires, par une théologie de l’exclusion totale, par un messianisme de sang.

La vérité, la seule, est celle que Halevi a lui-même confessée, sans le vouloir : un habitant sur dix est déjà hors-jeu, mutilé, carbonisé, enseveli. Et derrière ce chiffre il y a une logique : atteindre vingt pour cent, cinquante pour cent, cent pour cent. La visée est claire, elle est proclamée dans les synagogues de guerre : Gaza doit disparaître, Gaza doit être éradiquée. L’extermination n’est pas une conséquence : elle est le projet. Et tout clerc, tout philosophe, tout universitaire qui ose parler de symétrie se fait le fossoyeur en col blanc de cette vérité.

Il vaut mieux encore un bourreau qui assume qu’un intellectuel qui relativise. Halevi dit : nous avons tué, mutilé, détruit dix pour cent. Graziani dit : les deux camps sont répréhensibles. Entre la barbarie avouée et la complicité parfumée, la seconde est la plus détestable. Car le premier au moins ne ment pas ; le second maquille, enjolive, transforme la cendre en encre et le sang en concept. Il est le prêtre raffiné du silence, le notaire de l’abîme.

Qu’on ne s’y trompe pas : ce n’est pas seulement une guerre. C’est un massacre programmé, une extermination lente, bénie par des rabbins talmudiques génocidaires et couverte par les sophismes de l’intelligentsia occidentale. Chaque bombe est un verset retourné, chaque missile une homélie enflammée, chaque cadavre une offrande sur l’autel d’un messianisme tribal. Ce n’est pas la défense, c’est le sacrifice rituel d’un peuple, et ce sacrifice est récité, proclamé, justifié dans les sermons comme dans les états-majors.

Alors oui, mieux vaut l’aveu obscène du général boucher que la neutralité criminelle du philosophe de salon. Mieux vaut l’énumération des cadavres que l’équivalence morale des tribunes universitaires. Car l’un révèle la vérité brute, l’autre la travestit. Et dans ce travestissement se trouve la complicité la plus honteuse : celle qui couvre le génocide du voile doux de la science.

Gaza n’est pas un sujet de colloque, Gaza n’est pas un cas d’école, Gaza n’est pas une métaphore. Gaza est un charnier. Gaza est le visage de l’humanité en lambeaux. Et ceux qui osent mettre sur le même plan la pierre et le missile, le cri de l’enfant et la bombonne de phosphore, le mouvement d’un peuple en cage et l’armée la plus immorale du monde, ne sont pas des sages : ils sont les scribes du crime, les chantres baroques d’un génocide en cours.

Khaled Boulaziz