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Palestine

Gaza… Là où l’humanité assiste à la fin du monde

18 septembre 2025

Même la mort à Gaza ne ressemble à aucune autre. Ici, on ne tombe pas seulement sous les balles ni sous les bombes, on succombe à la faim, à la soif, au manque de soins, à l’oppression prolongée qui broie les corps et les âmes. La mort à Gaza n’est pas un accident : elle est organisée, planifiée, répétée avec la froideur clinique d’un bourreau moderne.

Les habitants l’ont dit, redit, hurlé dans le vide numérique à travers les réseaux sociaux, images et vidéos comme preuves : « Ce n’est pas un film, ni une apocalypse imaginaire, c’est Gaza. » Ces mots circulent comme un testament collectif, arrachés entre deux bombardements, écrits à la lueur d’une bougie, sur les ruines des tours pulvérisées et au milieu des incendies qui dévorent des quartiers entiers. La population n’a plus de refuge que dans la parole désespérée : écrire pour que le monde sache, même si le monde se tait.

La ville est devenue une prison à ciel ouvert, puis un charnier. Depuis près de deux ans, l’armée d’occupation israélienne conduit une guerre génocidaire que nul vocabulaire diplomatique ne peut désormais masquer. Les chiffres parlent avec une brutalité nue : plus de 64 700 morts et 164 000 blessés, la majorité femmes et enfants, selon le ministère de la Santé de Gaza. À ces bilans terribles s’ajoutent des dizaines de milliers de disparus, ensevelis sous les décombres, jamais comptabilisés. L’horreur n’a pas de statistique complète : chaque famille a perdu quelqu’un, chaque rue est une morgue, chaque école un cimetière.

Et la famine est devenue une arme. Les Nations unies confirment que plus de la moitié des 2,2 millions d’habitants de la bande de Gaza souffrent de malnutrition aiguë. Les photos d’enfants squelettiques, de vieillards effondrés faute de nourriture ou de médicaments, rappellent les pages les plus sombres du XXᵉ siècle. Les convois humanitaires sont bloqués, pillés, bombardés. Les silos de blé, les réserves d’eau, les centrales électriques : tout est une cible. Israël frappe pour que la survie elle-même devienne impossible.

Même les hôpitaux ne sont pas épargnés. Le générateur de l’hôpital al-Rantisi, dans le quartier d’al-Nasr, a été frappé à plusieurs reprises. Le ministère de la Santé a dénoncé ce crime, soulignant qu’il s’agissait d’une politique systématique visant à mettre hors service l’ensemble du système médical de Gaza. Comment soigner, quand il n’y a ni électricité, ni anesthésie, ni instruments chirurgicaux, ni médicaments ? Les médecins opèrent avec des lampes de téléphone, recousent les plaies avec du fil ordinaire, amputent des enfants sans anesthésie.

Dans cette obscurité organisée, même les communications sont réduites au silence. La société palestinienne de télécommunications a annoncé l’arrêt d’Internet et des services terrestres dans Gaza et le nord de l’enclave, à cause des bombardements sur les infrastructures. L’isolement est voulu : couper la voix, étouffer les cris, pour que le massacre puisse se poursuivre loin des regards.

Et pourtant, le monde voit. L’UNRWA rappelle que « près de sept mois se sont écoulés depuis la dernière fois que son aide humanitaire a été autorisée à entrer ». Ses 11 000 employés locaux, restés sur place malgré les bombes, continuent d’apporter des soins, de l’eau, un semblant d’éducation, mais ils sont abandonnés, privés de ressources. Amnesty International déclare que la communauté internationale « ne peut pas invoquer l’ignorance » alors que les preuves du génocide s’accumulent. Mais c’est justement ce silence, ce refus d’agir, qui est la complicité suprême.

Car l’inaction n’est pas une erreur, elle est un choix. Les chancelleries occidentales savent, calculent, mesurent, mais choisissent de détourner le regard. Les grandes capitales qui se prétendent gardiennes du droit international se taisent, prisonnières de la fameuse « option Samson », ce chantage nucléaire israélien qui tient la planète en otage. La morale universelle a été sacrifiée sur l’autel des alliances stratégiques et des intérêts militaires. L’humanité n’est pas impuissante : elle est lâche.

Gaza, aujourd’hui, est le miroir de cette lâcheté mondiale. Les bombes tombent, les enfants meurent, et les puissances bavardent de « retenue », de « couloirs humanitaires », de « cessez-le-feu temporaire ». Mais ces mots ne sont que des linceuls pour cacher la vérité : ce qui se déroule est un génocide en direct, filmé, documenté, archivé, et accepté.

C’est Gaza… Là où l’humanité assiste à la fin du monde. Et demain, nul ne pourra dire « nous ne savions pas ». Tout est déjà écrit, sous nos yeux. Les morts sont comptés, les images diffusées, les preuves établies. Le monde entier a choisi l’indifférence, et dans ce choix s’inscrit une culpabilité qui ne disparaîtra jamais.

Gaza est aujourd’hui le tombeau de l’humanité elle-même.

Khaled Boulaziz

Palestine