Il faut être d’une naïveté politique confondante pour accorder le moindre crédit aux déclarations d’un Witkoff, sous-secrétaire de quelque chose au Département d’État américain, qui prétend que le Hamas serait prêt à déposer les armes. Cette assertion, aussitôt démentie par le mouvement de résistance palestinien, n’est qu’un énième épisode d’une longue tradition de manipulation, de distorsion et de servilité qui caractérise la politique étrangère des États-Unis vis-à-vis du Moyen-Orient depuis l’assassinat — ou devrions-nous dire l’exécution politique — de John Fitzgerald Kennedy. Depuis ce jour funeste de novembre 1963, l’Amérique s’est définitivement inclinée devant l’autel sioniste, devenant l’auxiliaire docile de Tel Aviv et le fossoyeur méthodique de toute revendication arabe légitime.
Witkoff n’est pas un diplomate. C’est un haut-parleur. Il parle pour le lobby, pour l’AIPAC, pour les cercles néoconservateurs qui ont capté, infiltré et reconstruit la politique étrangère américaine autour d’un seul axe : garantir l’impunité et la suprématie de l’entité sioniste. Peu importe les crimes, les massacres, les violations massives du droit international, les résolutions onusiennes piétinées : l’Amérique a depuis longtemps remplacé le langage du droit par celui de l’exception pour son protégé israélien. Une exception sanglante, brutale, nucléaire, coloniale.
Il suffit d’observer l’histoire pour comprendre. Depuis 1972, les États-Unis ont opposé plus de 45 vétos au Conseil de sécurité de l’ONU pour bloquer des résolutions condamnant Israël. Qu’il s’agisse de dénoncer l’occupation, les colonies illégales, les crimes de guerre à Gaza, l’assassinat de journalistes ou les bombardements de civils, la réponse américaine reste la même : non. Non au droit, non à la justice, non à la paix. En parallèle, le Congrès américain a voté des aides militaires annuelles dépassant les 3,8 milliards de dollars, sans conditions, sans limites, en dépit des récessions, des crises sociales internes, ou des dettes abyssales. L’État profond américain ne finance pas seulement Israël : il l’arme, le protège, l’absout et l’érige en modèle.
Witkoff est donc l’héritier d’une lignée de diplomates abjects, de fonctionnaires serviles, d’émissaires cyniques qui n’ont qu’une mission : vendre le narratif israélien à l’opinion mondiale. Ils recyclent les mêmes mensonges — « droit à se défendre », « terrorisme palestinien », « paix durable » — pendant qu’Israël bombarde des hôpitaux, empoisonne des puits, affame des villes et tue des enfants. Ce ne sont pas des erreurs diplomatiques, ce sont des choix assumés, stratégiques, pensés pour briser toute résistance à la domination sioniste.
Depuis les années Bush-Cheney, le Département d’État a été converti en machine de guerre idéologique, peuplée de faucons néoconservateurs, de technocrates sionisés, de consultants interchangeables issus de la RAND Corporation ou de Brookings. Le consensus à Washington n’est pas celui de la paix, mais celui du chantage : normaliser Israël ou périr. Ainsi, les accords d’Abraham, ces infamies signées sous Trump, ne sont que des rééditions honteuses des capitulations arabes. Des régimes dictatoriaux, corrompus, ont troqué la cause palestinienne contre quelques drones, des contrats d’armement, ou la bénédiction d’un Congrès déjà vendu. L’Amérique, loin d’être un médiateur, est le gestionnaire officiel du projet sioniste.
Alors pourquoi croire Witkoff maintenant ? Pourquoi penser que celui qui appartient à un appareil diplomatique gangrené par l’idéologie de la domination aurait soudainement été touché par la grâce ? La vérité est simple : l’administration Biden, comme les précédentes, cherche à sauver la façade. Elle sent que l’opinion mondiale bascule. Que la guerre de Gaza a révélé l’horreur nue, l’inhumanité d’un projet qui se voulait éclairé, moderne, civilisé. Elle sent aussi que le Hamas n’est pas isolé, qu’il représente une matrice de résistance qui déborde largement les frontières de Gaza. Une résistance qui refuse la capitulation, même au prix de milliers de morts.
C’est dans ce contexte que naissent les fables de Witkoff. Dire que le Hamas accepterait de déposer les armes, c’est comme dire que les Algériens auraient dû renoncer au FLN après le massacre de Sétif. C’est vouloir délégitimer, désarmer, et enfin effacer toute possibilité d’insoumission. C’est aussi méconnaître les fondamentaux de la cause palestinienne : tant que l’occupation dure, la résistance est un droit. Et ce droit ne se négocie pas dans les salons de Doha ou les couloirs du Pentagone. Il se forge dans la douleur, dans le deuil, dans la promesse faite aux martyrs.
Les États-Unis ne sont pas neutres. Ils ne l’ont jamais été. Leur diplomatie n’est qu’un prolongement militaire déguisé, une couverture légale pour des crimes organisés. Que ce soit au Vietnam, en Irak, en Libye, ou en Palestine, la matrice est la même : dominer, exploiter, écraser. Avec Israël, cette relation prend des allures de fusion mystique : les États-Unis ne soutiennent pas seulement un allié stratégique, ils soutiennent une idéologie raciale et coloniale qu’ils admirent secrètement. Celle de la conquête sans remords, du triomphe de la force sur le droit, du mythe biblique contre les peuples.
Il faut le dire sans détour : la diplomatie américaine est colonisée. Elle ne représente ni la paix, ni la justice, encore moins la vérité. Witkoff, Blinken, Nuland, Biden, tous récitent le même texte, avec les mêmes mots, les mêmes intonations, les mêmes silences complices. Ils veulent un Moyen-Orient pacifié à leur manière : désarmé, obéissant, marchandisé. Ils veulent une Palestine morte, désarmée, annexée. Ils veulent que le monde arabe oublie.
Mais ils oublient une chose : la mémoire est une arme. Et tant qu’il y aura des voix libres, des mères en deuil, des enfants qui crient sous les bombes, il y aura des hommes et des femmes pour se lever, refuser, combattre. Non, Witkoff, nous ne vous croyons pas. Et nous ne vous pardonnerons pas.
Khaled Boulaziz