Algérie : autopsie d’un régime au visage nu

11 août 2025

I. Un pouvoir en putréfaction morale

Le pays n’est plus gouverné, il est possédé. Ce qui trône à Alger n’est pas un État, mais un mécanisme de coercition, un théâtre d’ombres où des généraux ventripotents manipulent les ficelles de ministres interchangeables.
La jeunesse — majorité écrasante et énergie vitale du pays — n’y est plus qu’un intrus, un suspect par défaut, un corps à surveiller et à frapper. La rue qui manifeste pacifiquement est traitée comme une armée d’envahisseurs. Les matraques, les menottes et la calomnie sont devenues le langage ordinaire d’un pouvoir qui ne sait plus dire « oui » ni même « non » autrement que par la brutalité.

Ce mépris est un poison. Il s’infiltre dans chaque geste, chaque décret, chaque silence. Les gouvernants ne voient plus des citoyens, mais des grains de sable menaçant la machine. La fracture morale est irréversible : le fil entre le peuple et l’État s’est rompu, et ce n’est plus qu’une corde raide qui pend au-dessus du vide.

II. L’autoritarisme comme religion d’État

Les institutions ? Des coques vides. Les ministères ? Des salles d’attente pour courtisans dociles. Le Parlement ? Une salle de répétition où l’on joue la démocratie pour amuser les naïfs. Tout est centralisé, verrouillé, étouffé.
Le régime s’accroche à une légitimité fossilisée, née de la guerre de libération, mais transformée en fétiche creux. La peur a remplacé le suffrage, la force a remplacé le droit. Chaque initiative citoyenne est traitée comme un crime, chaque opposition comme une menace existentielle.

Cet immobilisme est une forme d’autodestruction lente : le pays n’avance pas, il s’enlise. Et l’immobilisme, dans un monde en mouvement, est déjà une régression.

III. L’économie : un champ de ruines sous perfusion pétrolière

L’économie algérienne est un désert irrigué par une unique source : les hydrocarbures. Tout le reste se consume dans la corruption, la rente et l’incompétence.
Le chômage massif n’est pas une anomalie : c’est une politique implicite. La précarité est devenue un mode de gestion sociale. La jeunesse diplômée rêve d’exil, non par caprice, mais par instinct de survie.
La diversification économique est un slogan poussiéreux, répété à chaque discours officiel et aussitôt enterré par les mêmes mains qui l’énoncent. Les caisses se vident, mais les palais restent illuminés.

IV. Les élites : chiens de garde en habit de penseurs

Là où l’on attendait des éclaireurs, on trouve des lampadaires éteints. Les universitaires, journalistes et économistes, qui auraient pu être la conscience critique de la nation, sont, pour beaucoup, devenus les orfèvres du mensonge officiel.
Les privilèges distribués par le régime sont des menottes dorées. L’augmentation de salaire, la nomination honorifique, le poste à vie : tout est conçu pour acheter le silence et l’alignement.
Le plagiat pullule, les idées tournent en rond, et le courage intellectuel est relégué au rang de légende urbaine. Quant aux médias, ils ne sont plus que la voix d’un État ventriloque : ils censurent, déforment, ou inventent. Ils servent à maintenir la fiction d’un peuple satisfait, quand ce peuple hurle sous la surface.

V. Diplomatie : l’art de se rendre infréquentable

À l’extérieur, l’Algérie s’est exilée elle-même. Les relations avec la France sont à la fois rancunières et stériles, réduites à une suite d’incidents qui transforment la méfiance en état permanent. Les partenaires européens — Espagne, Portugal — ont troqué la poignée de main pour le regard soupçonneux.
Le Maroc, éternel frère ennemi, est devenu l’ennemi tout court. La guerre froide maghrébine sert de prétexte pour souder les rangs internes, mais elle verrouille toute perspective de développement régional.
Dans le Sahel, Alger joue les médiateurs mais inspire la suspicion. Et lorsqu’il se veut généreux, comme avec le don de 200 millions de dollars au Liban, il récolte la gêne : même ses gestes humanitaires se muent en embarras diplomatique.

VI. Le 8 août 2025 : la fissure devient faille

Ce jour-là, la rue a grondé, et le régime a tremblé. L’illusion de solidité s’est effondrée en direct. Le pouvoir n’a eu pour réponse que la répression, confirmant qu’il ne sait survivre que par l’écrasement.
La jeunesse, visage visible de la contestation, a montré qu’elle n’était pas une génération vaincue mais une génération en attente d’occasion. Ce souffle ne s’éteindra pas facilement.

L’avenir reste suspendu : vers plus de répression, vers un effondrement non maîtrisé, ou vers une mutation douloureuse. Mais la confiance est morte, et rien ne ressuscite la confiance.

Le masque est tombé

Le régime actuel est une coquille fissurée qui ne tient debout que par inertie et brutalité. Le 8 août a été le moment de vérité : la façade s’est craquelée, et derrière, il n’y a que vide et mensonge.
Mais la chute d’un tyran ne fait pas naître un juste. Le pays devra accoucher d’un nouvel ordre politique au prix d’une lutte acharnée.
L’Algérie ne manque ni de courage ni d’intelligence : elle manque de liberté pour les exprimer. Et le cri de ce jour d’août résonnera jusqu’à ce qu’il trouve sa réponse — dans la rue, dans les urnes, ou dans l’histoire.

Khaled Boulaziz