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Le Monde

La Tunisie à l’heure de Staline

15 juillet 2025

Ne cherche pas la vérité dans les procès, elle a été étranglée dans l’antichambre.
— Nikolaï Boukharine, avant son exécution à Moscou, 1938

Il arrive que l’Histoire trébuche et tombe deux fois au même endroit.
La première fois comme tragédie, la seconde comme farce — une farce sinistre, maquillée en État de droit, récitée dans le langage du « peuple souverain».

En Tunisie, ce qui fut une démocratie naissante est en train de devenir une caricature de justice, une répétition pathétique des procès staliniens. Et le palais de justice de Tunis ressemble de plus en plus à un théâtre d’ombres où les verdicts sont décidés avant que l’on n’appelle les accusés.

Le retour du procès-spectacle
Au mois de juillet 2025, des figures majeures de l’opposition — anciens ministres, avocats, journalistes, syndicalistes — ont été condamnées à des peines de 12 à 66 ans de prison, au terme de procès de masse fondés sur des chefs d’accusation aussi flous que terrifiants :

  • « atteinte à la sûreté de l’État »
  • « diffusion de fausses informations »
  • « conspiration contre les institutions »
  • « intelligence avec des puissances étrangères »

Ces accusations rappellent mot pour mot celles proférées par le procureur Viсhinsky à Moscou lors des grands procès de 1936 à 1938, qui scellèrent le destin de Zinoviev, Kamenev, Boukharine et tant d’autres : tous accusés de complots absurdes, tous contraints à l’autocritique publique, tous exécutés.

À Tunis comme à Moscou, le procès n’est plus l’espace où se cherche la vérité. C’est une cérémonie expiatoire, un rite politique destiné à effacer toute opposition visible.

Le régime contre les esprits
Depuis son coup de force du 25 juillet 2021, Kaïs Saïed gouverne par décret, hors de toute légitimité parlementaire ou judiciaire. Mais le plus grave n’est pas là. Le plus grave, c’est qu’il ne tolère plus la contradiction.

Le pays est aujourd’hui plongé dans une atmosphère de suspicion généralisée où toute voix critique est assimilée à un agent de l’étranger. Les syndicalistes sont traités en saboteurs, les avocats en complices, les journalistes en « terroristes numériques».

Le Décret-loi 54, adopté en 2022, criminalise toute publication numérique jugée “fausse” ou “nuisible à l’État”. L’article 24 prévoit jusqu’à 10 ans de prison pour une simple publication sur Facebook.

Ce texte ne protège pas la vérité : il immunise le pouvoir contre le réel.

Une justice instrumentalisée
Comme sous Staline, la justice tunisienne est devenue un prolongement du pouvoir exécutif. Les juges indépendants sont mutés, intimidés, ou limogés. Le Conseil supérieur de la magistrature a été dissous, puis remplacé par une structure aux ordres du palais présidentiel.

Les procès récents n’ont respecté aucun principe de procédure équitable. Pas d’enquête contradictoire. Pas d’accès aux dossiers. Pas de publicité des audiences. Seulement des décisions massives, brutales, illisibles — mais parfaitement cohérentes avec une logique de purge préventive.

On reconnaît là la matrice stalinienne : l’ennemi n’est jamais ce qu’il fait, mais ce qu’il est supposé penser.

Le silence comme politique d’État
Peut-être plus glaçant encore que les arrestations, c’est le silence.

  • Le silence des syndicats.
  • Le silence des universitaires.
  • Le silence des intellectuels.
  • Le silence des clercs.

Tous savent, mais personne ne parle. La peur, la lassitude, l’ambiguïté idéologique ont fait de la Tunisie un pays sans contre-pouvoir réel. Chacun attend que l’autre tombe. Chacun espère être épargné.

Mais les purges ne s’arrêtent jamais à leurs premiers cercles. À Moscou, ceux qui applaudissaient les condamnations de 1936 furent exécutés en 1937. Le silence, loin d’être un refuge, devient un piège.

L’architecture d’une contre-révolution
Le projet de Kaïs Saïed est clair : il ne veut pas réformer la République. Il veut la neutraliser.
Il veut un État sans partis, sans syndicats, sans opinion. Un État où seul le président pense. Où seul le président parle. Où seul le président décide.

Ce n’est pas du césarisme. Ce n’est même plus de l’autoritarisme.
C’est une entreprise de reconversion totalitaire, structurée, assumée, froide.

Comme Staline en son temps, Saïed ne gouverne pas le réel — il gouverne contre lui.

Rien n’est éternel
Mais même Staline n’a pas vaincu le temps. Son empire s’est effondré. Ses statues ont été renversées. Ses procès ont été réhabilités. Et ses juges, à leur tour, jugés.

La Tunisie traverse un moment noir de son histoire, mais ce moment n’est pas éternel. Il est réversible. Il est documenté. Il est observé. Et ceux qui aujourd’hui chuchotent finiront par parler.

Les murs des prisons n’étouffent pas les idées.
Et les tribunaux d’exception finissent toujours par s’effondrer sous le poids de leur propre mensonge.

La Tunisie à l’heure de Staline n’est pas un slogan. C’est un constat. Et c’est un avertissement.

Khaled Boulaziz

Le Monde