Dans les rendez-vous internationaux, lorsque les nations se rencontrent, les peuples viennent avec leurs couleurs. Les Marocains brandissent leur drapeau, les Tunisiens le leur, les Français le leur, les Égyptiens le leur. Chacun se reconnaît dans une histoire commune, dans un symbole qui dépasse les querelles du jour et les divergences partisanes. Le drapeau national n’est pas un chiffon que l’on agite par réflexe : il est la mémoire des morts, la promesse des vivants, la parole silencieuse d’un peuple qui dit au monde : nous existons, unis, souverains, debout.
C’est pourquoi il y a quelque chose de profondément choquant, de moralement indécent et politiquement révélateur, lorsque certains, au lieu de porter l’emblème national algérien, s’affichent avec le drapeau du MAK, c’est-à-dire avec l’emblème d’un projet de séparation. Ils ne brandissent pas une simple différence d’opinion. Ils ne célèbrent pas une culture, une langue ou une région. Ils exhibent un signe de rupture. Ils opposent à la nation algérienne un symbole conçu pour la morceler. Ils transforment l’espace sportif, culturel ou populaire en vitrine d’une entreprise de dissociation nationale.
Il faut le dire sans détour : l’Algérie n’est pas une addition de parcelles négociables. Elle n’est pas un territoire que l’on découpe selon les humeurs idéologiques, les rancœurs importées, les illusions d’exil ou les calculs d’officines. L’Algérie est une totalité historique, forgée dans la douleur, consolidée par le sacrifice et maintenue par une volonté populaire qui a traversé les colonisations, les crises, les manipulations et les tentatives de fragmentation. On peut critiquer l’État, contester un gouvernement, dénoncer des injustices, défendre des droits culturels, demander davantage de démocratie. Mais entre la critique nationale et la désertion symbolique, il y a une frontière. Le drapeau du MAK franchit cette frontière.
Que l’on ne vienne pas maquiller cette provocation en défense de l’amazighité. L’amazighité appartient à l’Algérie. Elle n’est la propriété ni d’un parti, ni d’une chapelle, ni d’un mouvement séparatiste. Elle vit dans les montagnes, dans les villes, dans la langue, dans les prénoms, dans les chants, dans les mémoires familiales, dans le patrimoine commun de millions d’Algériens. Elle fait partie du visage profond de la nation. La confisquer pour l’enfermer dans un drapeau de rupture, c’est trahir ce qu’elle a de plus noble : sa capacité à enrichir l’Algérie entière, non à l’amputer.
Voilà le mensonge central du séparatisme : faire croire qu’aimer une région impose de tourner le dos à la patrie. Comme si la Kabylie, terre de résistance, d’intelligence, de dignité et de courage, devait être arrachée à l’Algérie pour être reconnue. Comme si ses martyrs, ses intellectuels, ses artistes, ses paysans, ses travailleurs, ses familles n’avaient pas participé, avec les autres enfants du pays, à la construction de la conscience nationale. Comme si l’histoire pouvait être réécrite par quelques emblèmes agités dans les tribunes, quelques discours prononcés loin du peuple, quelques mises en scène destinées aux caméras étrangères.
Ceux qui brandissent ce drapeau dans les rassemblements internationaux ne posent pas un acte innocent. Ils envoient un message : ils veulent que le monde voie l’Algérie comme une nation fissurée. Ils veulent substituer à l’image d’un peuple rassemblé l’image d’un pays contesté dans son unité même. Ils cherchent le scandale visuel, la provocation calculée, la photo exploitable, l’instant qui permet aux adversaires de l’Algérie de dire : regardez, la division existe, la séparation parle, le drapeau national ne suffit plus. C’est une opération politique sous couvert d’expression identitaire.
Et pendant que les autres nations affichent leurs couleurs nationales avec fierté, ces factieux choisissent l’emblème de la dissidence séparatiste. Ils se placent, volontairement ou non, dans le camp de ceux qui rêvent d’une Algérie affaiblie, fragmentée, ramenée à des morceaux concurrents. Le symbole qu’ils portent n’est pas neutre. Il raconte un projet. Il annonce une rupture. Il désigne un horizon : non pas l’amélioration de l’Algérie, mais sa diminution.
Il faut donc refuser la confusion. Défendre l’unité nationale ne signifie pas nier les identités locales. Combattre le séparatisme ne signifie pas mépriser la Kabylie. Au contraire : c’est parce que la Kabylie est une partie vivante, essentielle, indissociable de l’Algérie qu’il faut dénoncer ceux qui prétendent parler en son nom pour la dresser contre la nation. La Kabylie n’a pas besoin d’être isolée pour être respectée. Elle n’a pas besoin d’être séparée pour être honorée. Elle n’a pas besoin d’un drapeau de rupture pour exister dans la dignité.
Le drapeau algérien, lui, n’exclut personne. Il ne demande pas à un citoyen de renoncer à sa langue maternelle, à son accent, à son village, à ses ancêtres ou à sa mémoire régionale. Il rassemble. Il couvre l’ensemble des douleurs et des fiertés qui composent le pays. Il est assez vaste pour porter l’arabité, l’amazighité, l’islamité, la méditerranéité, l’africanité, la mémoire révolutionnaire et les aspirations modernes de notre peuple. Ceux qui lui opposent le drapeau du MAK ne proposent pas une pluralité plus riche ; ils proposent une scission plus pauvre.
À la fin des fins, la question est simple. Quand le monde regarde un Algérien, quel emblème doit-il voir ? Celui de Novembre, celui des martyrs, celui qui a accompagné la libération d’un peuple colonisé ? Ou bien l’emblème d’un mouvement de séparation, perçu par l’État algérien comme une menace contre l’intégrité nationale, instrumentalisé par toutes les forces qui trouvent avantage à voir l’Algérie divisée ? La réponse ne devrait souffrir aucune ambiguïté.
Aucun Algérien attaché à l’héritage de Novembre, aucun Algérien fidèle à la mémoire des sacrifices consentis pour que ce pays demeure un et souverain, ne peut se reconnaître dans l’emblème de la séparation. On peut débattre de tout, mais on ne joue pas avec l’unité nationale. On peut réclamer justice, mais on ne lève pas un symbole qui réjouit les adversaires de la patrie. On peut aimer la Kabylie, profondément, sincèrement, passionnément ; mais l’aimer contre l’Algérie, c’est la défigurer.
Le drapeau du MAK n’est pas celui de la diversité algérienne. Il est celui d’une rupture politique. Face à lui, il n’y a pas à hésiter : notre emblème est vert, blanc et rouge, frappé du croissant et de l’étoile. Notre ligne est l’unité. Notre devoir est la vigilance. Notre réponse est claire : l’Algérie ne se divise pas, ne se loue pas, ne se brade pas. Elle se réforme, se protège, se transmet, mais ne s’abandonne jamais aux emblèmes de la fracture.
Khaled Boulaziz
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