Cinq ans après les accords d’Abraham, la normalisation Maroc-Israël n’est plus une simple entente diplomatique : c’est une alliance cynique, indécente et sanglante. Pendant que Gaza est bombardée, rasée, affamée et que plus de 72 000 Palestiniens ont été massacrés par l’armée sioniste, Rabat accélère les échanges commerciaux, militaires, sécuritaires et technologiques avec l’État responsable de ce génocide. Le palais royal continue de parler de « soutien à la cause palestinienne » tout en signant des contrats d’armement avec ceux qui tuent les Palestiniens, en ouvrant ses ports à des navires israéliens et en laissant circuler des centaines de millions de dollars de marchandises avec l’occupant.
C’est une hypocrisie historique, une trahison stratégique, une capitulation honteuse.
Une histoire de compromission qui ne date pas d’hierLes relations secrètes entre la monarchie marocaine et l’entité sioniste remontent à l’indépendance de 1956. Dès les années 60, Hassan II entretenait des contacts clandestins avec le Mossad, par peur commune du nationalisme arabe et de l’influence soviétique. En 1961, l’opération « Yashin » permet l’exode de près de 100 000 Juifs marocains vers Israël contre paiement. En 1965, le Mossad participe activement à l’enlèvement et à l’assassinat de Mehdi Ben Barka, opposant farouche à la monarchie et à l’ingérence sioniste. Dans les années 70, Israël fournit armes et renseignements pour écraser le Polisario. En 1986, Hassan II reçoit Shimon Peres à Rabat malgré le rejet par l’OLP du plan de Fès. Des bureaux de liaison existent dans les années 90, fermés en 2000 lors de la seconde Intifada, puis rouverts en fanfare en 2020.
Depuis le début, la monarchie marocaine a toujours préféré l’alliance stratégique avec l’occupant à la solidarité avec le peuple palestinien.
Après le 7 octobre 2023 : le masque tombe complètement
Depuis le début du génocide à Gaza, le régime marocain maintient une posture officiellement « équilibrée » : quelques condamnations timides, des appels à la paix, une aide humanitaire symbolique… Mais dans les faits, la normalisation s’est accélérée comme jamais. Un navire israélien ravitaille à Tanger en juin 2024. Les échanges commerciaux explosent : plus de 100 millions de dollars en 2024, avec un bond de 64 % au premier semestre. Israël exporte massivement des drones, des systèmes d’espionnage Pegasus, des semences OGM et des technologies d’irrigation ; le Maroc exporte du sucre, des textiles low-cost et… sa dignité.Les ventes d’armes sionistes au Maroc atteignent 2,3 milliards de dollars entre 2020 et 2024, dont 1 milliard pour le satellite espion OFEQ et 1 milliard pour le système BARAK. Pendant que des enfants palestiniens sont déchiquetés par les mêmes technologies vendues par Israël, Rabat signe d’autres contrats avec les fabricants de ces bombes.
Le paradoxe est insoutenable. Le palais royal se proclame « Émirat des croyants », gardien de Jérusalem, tout en renforçant des liens avec l’État qui détruit Al-Aqsa, bombarde des hôpitaux, affame une population entière et commet un génocide jugé plausible par la Cour internationale de justice.Qui gagne vraiment ?
Israël gagne sur tous les tableaux : une normalisation arabe supplémentaire alors qu’il commet un génocide, c’est une victoire diplomatique majeure qui légitime son impunité. Pour le Maroc, le seul vrai gain est la reconnaissance américaine de sa souveraineté sur le Sahara occidental, obtenue en décembre 2020 comme contrepartie directe des accords d’Abraham.
Sur le plan économique, c’est une catastrophe : déficit commercial chronique, dépendance technologique accrue, reproduction du modèle colonial classique où le « Sud » fournit des matières premières bon marché et achète cher la high-tech du « Nord ». Le Maroc vend son sucre et ses textiles à bas prix ; Israël vend ses drones et ses logiciels d’espionnage à prix d’or. C’est la division internationale du travail dans sa forme la plus humiliante.
Une opposition populaire réelle mais écrasée
Malgré la répression féroce, le rejet populaire reste massif. Un sondage de 2023-2024 montre que 78 % des Marocains s’opposent à la reconnaissance d’Israël. Des manifestations éclatent régulièrement. Le Front marocain pour le soutien à la Palestine (gauche, islamistes, indépendants) et le Groupe national pour la Palestine appellent au boycott total. En avril 2025, le plus grand syndicat du pays organise des grèves contre l’entrée de navires transportant des armes pour Israël.
La société civile, bien que muselée, refuse de cautionner cette trahison. Mais le régime répond par l’arrestation, l’intimidation, la censure et les accusations de « trahison nationale » contre quiconque ose critiquer l’alliance avec le génocidaire.
Une trahison historique qui pue la complicité
La normalisation Maroc-Israël n’est pas un « choix pragmatique ». C’est une capitulation stratégique, une soumission au lobby sioniste et à l’impérialisme américain, un abandon cynique et impardonnable de la cause palestinienne au moment où elle a le plus besoin de solidarité. Pendant que Gaza brûle, que des enfants meurent sous les bombes sionistes, que des familles entières sont effacées de la carte, le palais royal compte ses contrats d’armement, ses millions de dollars et sa reconnaissance sur le Sahara.
Ce n’est pas de la realpolitik. C’est de la complicité active dans un génocide.
Et l’histoire, qui n’oublie jamais, jugera avec une sévérité implacable ceux qui ont choisi l’argent, le pouvoir et l’alliance avec le bourreau contre la dignité, la justice et le sang du peuple palestinien.
Khaled Boulaziz