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Sciences

Le Coran européen : Un titre problématique et le spectre de l’orientalisme

15 juin 2025

Le titre du projet financé par l’ERC Le Coran européen est, au mieux, un abus de langage et, au pire, une subtile réactualisation des cadres orientalistes qu’Edward Said avait dénoncés dans son ouvrage fondateur L’Orientalisme. L’idée même qu’il existerait un Coran « européen » – distinct du Coran universel de la tradition islamique – relève de l’arrogance intellectuelle et de l’appropriation culturelle. Pire encore, l’absence quasi totale de chercheurs issus d’institutions arabes ou islamiques soulève de sérieuses questions sur la légitimité du projet et son adhésion inconsciente aux dynamiques coloniales que Said avait exposées.

Le mythe d’un « Coran européen »

Le Coran est, par définition, le texte sacré de l’islam, révélé en arabe et préservé sans altération depuis plus de quatorze siècles. Prétendre qu’il puisse être rebaptisé « européen » sous prétexte qu’il a été traduit, étudié ou attaqué dans l’Europe médiévale et moderne est intellectuellement contestable. Les justifications du projet – selon lesquelles le Coran « a joué un rôle important dans la formation de la diversité religieuse européenne » – n’exigent pas pour autant la création d’une catégorie séparée .

Cette formulation suggère que le Coran ne gagne en légitimité qu’une fois filtré par l’histoire intellectuelle européenne, une perspective qui rappelle la tendance orientaliste à s’arroger l’autorité sur les textes de « l’Orient », souvent en les déformant. Comme Said l’a démontré, l’érudition occidentale s’est longtemps érigée en arbitre du savoir islamique . Le simple titre Le Coran européen implique une forme de possession, comme si le texte devait être validé par sa réception européenne pour mériter d’être étudié.

L’absence criante des chercheurs arabes et musulmans

Une faille majeure de ce projet réside dans l’exclusion quasi systématique des universitaires issus d’institutions arabes ou islamiques parmi ses investigateurs principaux et ses partenaires clés. Le consortium est dominé par des universités européennes (Nantes, Copenhague, Naples, CSIC) et des institutions occidentales comme NYU Abu Dhabi, sans collaboration significative avec des centres d’études islamiques du monde arabe ou de la sphère académique musulmane .

Cette exclusion n’est pas fortuite ; elle est structurelle. En se concentrant sur la manière dont les Européens ont interprété le Coran – plutôt que d’engager un dialogue avec les traditions savantes musulmanes –, le projet perpétue le paradigme orientaliste où « l’Orient » est un objet d’étude, et non un interlocuteur. La critique de Said sur la monopolisation occidentale des études islamiques résonne ici avec force : le projet reproduit la dynamique coloniale où « l’Oriental est silencieux, l’Européen parle à sa place » .

Un projet sous l’ombre de l’orientalisme

L’Orientalisme d’Edward Said a révélé comment l’érudition occidentale a construit une image déformée de l’islam au service d’intérêts impériaux. Le projet Le Coran européen, malgré son vernis académique, risque de tomber dans les mêmes pièges :

  1. L’eurocentrisme au détriment de l’authenticité : En privilégiant les interactions européennes avec le Coran – qu’il s’agisse de polémiques, de traductions ou d’adaptations –, le projet marginalise les traditions théologiques et exégétiques propres au texte sacré. Cela rappelle la vieille habitude orientaliste de traiter les textes islamiques comme des curiosités à disséquer, plutôt que comme des écritures vivantes .
  2. Une collaboration sélective : Bien que le projet inclue des ateliers sur « les Juifs, le Coran et l’islam » et des échanges interreligieux, ceux-ci restent médiés par des institutions européennes . On ne trouve aucune trace de partenariats substantiels avec Al-Azhar, l’Université islamique de Médine ou d’autres grands centres d’érudition coranique. Cette omission trahit une réticence à dialoguer d’égal à égal avec les savants musulmans.
  3. Le spectre de la polémique : Une grande partie des recherches porte sur la manière dont les chrétiens et les juifs ont instrumentalisé le Coran à des fins polémiques – une démarche historiquement valable, mais qui risque de réduire le texte sacré à un simple outil dans les batailles intellectuelles européennes, niant sa propre agency .

Une occasion manquée de vrai dialogue

Si l’objectif du projet est d’explorer la place du Coran dans l’histoire européenne, il devrait le faire avec les gardiens de ce texte : les érudits musulmans. Au lieu de cela, sa structure perpétue l’asymétrie dénoncée par Said – une académie occidentale s’arrogeant l’autorité sur les écritures islamiques tout en marginalisant les voix de ceux qui y croient.

Un projet véritablement novateur aurait intégré des chercheurs du Caire, d’Istanbul ou de Fès comme partenaires à part entière, et non comme de simples annexes à un récit européen. Il aurait reconnu que le Coran n’est pas un artefact européen, mais une écriture globale, transcendant les cadres imposés par des siècles d’orientalisme.

Conclusion : Repenser le Coran hors des récits eurocentrés

Le projet Le Coran européen, bien que doté de moyens considérables, s’inscrit dans le même écosystème académique que celui critiqué par Said. Son titre trahit une vision du monde eurocentrée, et l’exclusion des chercheurs musulmans renforce les déséquilibres de pouvoir que L’Orientalisme cherchait à démanteler. Si ses responsables veulent réellement réécrire l’histoire, ils doivent d’abord se confronter à l’héritage qu’ils perpétuent – et ouvrir la porte à ceux trop longtemps réduits au silence.

En l’état, Le Coran européen n’est pas une innovation savante, mais le témoignage de la persistance de l’orientalisme.

Khaled Boulaziz

Références :

  • Edward Said, L’Orientalisme (1978)
  • Site officiel du projet EuQu
  • Rapports CORDIS
  • Critiques de l’orientalisme dans l’érudition contemporaine

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